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Alain de la Roche et la dévotion au rosaire

Chapelet perle aventurine

Alain de la Roche a joué un rôle de premier plan dans la diffusion du rosaire. En outre il est le principal témoin dans l'attribution de l'institution du rosaire à saint Dominique. Mais sur ce dernier point, son témoignage est très contesté. Examinons de plus prêt les rapports du bienheureux Alain avec le rosaire pour se faire une idée de la valeur de son témoignage.

Alain de la Roche un breton dominicain

Alain de la Roche, né en Bretagne en 1428, entre vers 1450 dans l’Ordre des Frères Précheur à Dinan. Après ces voeux il est envoyé au couvent Saint-Jacques de Paris. Une fois ses études de philosophie et de théologie achevées, il passe au couvent de Lille où il enseigne de 1462 à 1464.

Ce fervent dominicain breton voyait avec perspicacité et non sans douleur les maux de l’Église et la décadence du clergé. Il lutte pour la réforme de son Ordre, dont les membres les plus fervents, au Nord-Ouest de l’Europe, se regroupaient alors dans la Congrégation de Hollande : Alain y préconise le retour aux anciennes pratiques dominicaines, au premier rang desquelles il place la pratique du Psautier pénitentiel d’Ave, avec la triple méditation des Joies de l’Incarnation, des Douleurs de la Passion et des Joies de la Vie Glorieuse, observance qu’il aurait trouvée dans les écrits du mystérieux Jean de Monte.

Avec la communauté à laquelle il appartient, il passe donc à la réforme de Hollande en 1464. Il continue sa carrière d'enseignement à Douai (1464 -1466), Gand (1468 -1470) et Rostock (1470 - 1474). Il meurt à Zwolle le 7 septembre 1475.

Confrérie de la Vierge Marie

Restaurant dans cette nouvelle perspective l’antique Tiers-Ordre dominicain, Alain entend y regrouper les âmes de bonne volonté autour de ce programme marial de vie chrétienne : la Confrérie du Rosaire est née. Avec un souci très juste de la mentalité populaire et un ardent désir d’atteindre le clergé, notre breton organise la nouvelle pratique et innove hardiment, tout en se proclamant simple restaurateur de l’œuvre de saint Dominique, tombée en désuétude.

Les thèmes essentiels de la prédication d’Alain de La Roche sur le Rosaire peuvent se résumer ainsi :

1° contemplation dans l’Ave de tout le dessein rédempteur, notamment grâce à la triple méditation déjà signalée;

2° formation d’une confrérie où tous les mérites seront communs et où il n’y aura rien à payer;

3° récitation quotidienne du Psautier de 150 Ave et 15 Pater;

4° assimilation de cette pratique au culte des Joies de Notre-Dame et de sa Compassion;

5° recours à l’image notamment sous la forme populaire de saluts aux membres de la Vierge et du Christ;

6° adoption du chiffre 15 pour les méditations, tant à cause des quinze dizaines que par analogie avec les quinze mots de l’Ave;

7° si possible, maintien du caractère pénitentiel, inhérent à la pratique dans certains milieux, spécialement chez les dominicains.

Prier le rosaire avec saint Dominique

Prier le rosaire avec saint Dominique

Douai, berceau des confréries du Rosaire

C'est à Douai qu'Alain de la Roche établit la première confrérie de la Vierge et de saint Dominique dont l'obligation principale est la récitation du psautier de la Vierge Marie. Quelques semaines avant sa mort, alors qu'il participait au chapitre de la Congrégation de Hollande qui  s'est ouvert à Lille le 16 avril 1475, Alain de la Roche en profite pour retrouve la confrérie de Douai.

Le livre et ordonnance de la dévote confrérie

Huit jours durant il prêche sur l'élargissement de communion spirituelle que représente la récitation quotidienne de ce psautier pour quiconque s'est fait inscrire dans la confrérie. Un auditeur s'empresse de transcrire l'essentiel de ses propos qui ainsi atteindront un public plus large. Ce petit traité a pour titre "Le livre et ordonnance de la dévote confrérie du psautier de la glorieuse Vierge Marie", et la diffusion commence après la mort d'Alain. Cet ouvrage se trouve être ainsi le document le moins douteux de son enseignement.

La plupart de ses oeuvres a trait au Rosaire ou au Psautier de Marie comme on disait à l'époque.

Chapelet en verre de Bohême

Valeur des livres d'Alain de la Roche

De l'avis du dominicain Echard, quasi contemporain d'Alain, on ne peut pas faire aucun fond sur les livres d'Alain de la Roche pour tout ce qui regarde les origines du Rosaire : il n'est pas possible de prendre ses travaux pour des documents historiques. Un de ses contemporains, Jean Mombaer († 1501) est justement sévère dans la critique des légendes entassées par Alain.

Il est considéré un peu comme un exalté, manquant d'équilibre. Cela transparait dans ses écrits où les récits inauthentiques et apocryphes pullulent : les miracles ne se comptent plus, on y trouve une surenchère d'approximation, d'exaltation et de merveilleux.

L'apport original d'Alain de la Roche dans la diffusion du rosaire

Quelque soit la valeur des ouvrages du bienheureux Alain, le pieux dominicain a eu une part considérable dans la propagation du Rosaire. 

Le mérite propre  d'Alain se trouve principalement non pas tant dans l'institution des confréries, dont la première fut à Douai en 1470, mais surtout dans la nature du lien spirituel établi entre les différents membres. En groupant en confrérie les fidèles assidus à la pratique de ce psautier pour réaliser une mise en commun des richesses spirituelles ainsi acquises, Alain de la Roche ne faisait que reprendre l'idée de "mutualité spirituelle" qui est précisément l'idée originelle des confréries ou fraternités. Mais il va plus loin et la nouveauté consiste à la fois l'obligation rigoureuse d'inscription sur un registre, mais aussi l'extension de la communion spirituelle ainsi établie à quiconque s'inscrit dans une confrérie de même type, en quelque lieu qu'elle se situe ; l'inscription locale n'est alors que le signe de l'inscription au "Livre de vie". L'insertion, moyennant la pratique quotidienne du psautier de Marie, dans un énorme réseau potentiel de solidarité spirituelle, tel est l'objet de l'action enthousiaste d'Alain de la Roche.

Les "Révélations" d'Alain  de la Roche

On a vu qu'Alain de la Roche mit en circulation la croyance selon laquelle une révélation de la Sainte Vierge à saint Dominique aurait fait de celui-ci l’initiateur et le propagateur du rosaire, croyance dont l’origine serait une autre révélation faite à Alain lui-même. Que faut-il en penser ? Des écrivains de l'Ordre des Frères Prêcheurs ont émis des doutes sur l'authenticité de ces révélations. "Nous ne pensons pas qu’il faille prendre l’assertion d’Alain de la Roche strictement, écrivait vers 1920 le RP Coulon, op. Il était ordinaire, à cette époque, de présenter sous forme de révélation ce que l’on tenait à cœur de voir accepter. Ce n’était pas mensonge de la part de celui qui proposait un pareil enseignement, pas plus qu’il n’y avait méprise sur la véritable portée de ces prétendues révélations de la part de l’auditoire ou du lecteur." 

Mystères du Rosaire

La personnalité d'Alain de la Roche

Nous avons déjà fait allusion au caractère un peu exalté du Bienheureux Alain. Le P. Marcel Mahé sm dans le supplément de le Vie spirituelle (15/2/1951), parle "d'un certain déséquilibre mental". Tout cela a sans doute favorisé un halo d'inauthentique et d'apocryphe autour de la dévotion au Rosaire.

Quoiqu'il en soit, le succès même de la prédication d'Alain de la Roche et son renom de sainteté furent tels que quelques mois après sa mort, la Convocation ou Chapitre de la Congrégation de Hollande donnait l'ordre de rassembler tous ses écrits. Alain de la Roche se trouve dans le martyrologe romain à la date du 9 septembre comme bienheureux.

Conclusion : le mérite d'Alain de la Roche

Ainsi, le mérite du Bienheureux Alain ne se situe pas spécialement au niveau de l'institution du Rosaire même s'il faut lui attribuer la coutume de réciter cent cinquante Ave Maria au lieu des cinquante qu’on récitait communément avant lui, ni la division en mystères puisque la méditation des mystères doit son origine à Dominique de Prusse, un chartreux de Trêves. Le mérite propre d'Alain de la Roche se trouve ailleurs : celui d’avoir institué une structure qui liait le Psautier de Marie ou le Rosaire à une confrérie, favorisant ainsi une diffusion pratiquement universelle. Ces Confréries du Rosaire auront un développement immense et seront l'apanage de l'ordre des frères Prêcheurs.

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