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Qu'est-ce que la fête du triomphe de l'orthodoxie ?

Icône de la Résurrection du Christ

Dans cet article, le mot orthodoxie est à prendre dans le sens de "la foi droite" et non pas dans le sens actuel de orthodoxe opposé à catholique.

Le triomphe de l'orthodoxie est la victoire finale de l'Eglise catholique contre les iconoclastes. Cette victoire a été immortalisée par une fête. On peut considérer l'hérésie iconoclaste comme le point d'orgue des hérésies christologiques. Ces différentes hérésies portaient atteinte à tel ou tel aspect de l'incarnation ; par contre l'iconoclasme remettait en cause, dans son ensemble, l'économie du salut. Ainsi la victoire contre l'iconoclasme n'est pas une victoire particulière, mais une victoire de l'orthodoxie, de la foi catholique.

Kontakion et synodikon, qu'est-ce que c'est ?

L'invention du Kontakion est attribuée au célèbre poète de Byzance Romanos le Mélode. Le Kontakion est une sorte d'hymne, dans le genre poético-musical, qui décrit l'essence de l'événement célébré. A l'origine il était chanté au milieu des matines.

Le Synodikon est un document destiné à être lu le dimanche du triomphe de l'orthodoxie pour rappeler la restauration des icônes. Mais avec le temps il a pris de l'ampleur en intégrant des acclamations en l'honneur de l'empereur et des définitions doctrinales.

Icône de la Mère de Dieu

Le Kontakion ou canon de la fête du triomphe de l'orthodoxie

Pour la fête du triomphe de l'orthodoxie un Kontakion a donc été composé. Selon la coutume de l'Eglise orientale un texte explicatif accompagne l'institution des fêtes ; il est appelé canon ou Kontakion. Il est assez court et se compose de 3 phrases :

Le Verbe indescriptible du Père S'est fait descriptible, en S'incarnant de Toi, Mère de Dieu ;

Et ayant rétabli l'image souillée dans son antique dignité, Il l'unit à la beauté divine.

Et confessant le salut, exprimons (rendons par l'image) cela par l'action et par la parole.

Première partie : Incarnation du Verbe

Cette première phrase rappelle l'incarnation de la deuxième personne de la sainte Trinité, consubstantielle au Père ; en assumant une chair humaine, le Verbe de Dieu n'a rien perdu de sa divinité. Lui qui était invisible dans le sein du Père est devenu visible dans la nature humaine reçue de Marie, la Mère de Dieu. Ce titre rappelle le concile d'Ephèse en 431 qui a affirmé solennellement, contre Nestorius, l'union des deux natures divine et humaine dans la seule personne divine du Verbe de Dieu. Tout en restant ce qu'il était, de nature divine, Le Verbe divin a pris une nature humaine, il s'est abaissé à recevoir une nature semblable à la nôtre, soumise à la souffrance et à la mort, hormis le péché. Par sa nature divine, le Christ est consubstantiel au Père, par sa nature humaine il est consubstantiel à notre nature.

L'icône veut à la fois représenter la nature divine et humaine, mais la divinité ne peut pas être représentée ; pour cela l'art oriental représente la personne du Dieu-Homme dans sa  gloire, et ceci même au moment de son humiliation suprême en employant des moyens bien précis. L'icône ne représente que ce qui a été révélé : la Personne incarnée du Fils de Dieu, Jésus-Christ, l'Esprit-Saint selon la manière dont il s'est manifesté, sous la forme d'une colombe au Baptême de Jésus ou sous la forme de langues de feu, le jour de la Pentecôte. Par contre Dieu le Père n'est jamais représenté.

icone de saint Michel

Deuxième partie : restauration divine et union divine

si la première phrase du Kontakion parle de l'Incarnation en tant que fondement de l'icône, comme nous venons de le dire, la seconde phrase s'arrête sur le sens de l'incarnation et du coup sur le sens de l'image.

Dans cette deuxième partie, le texte parle de recréation, de rénovation de l'image divine dans l'homme. En effet par le péché originel, et par les péchés personnels de chacun, l'homme créé à l'image de Dieu a souillé en lui cette image, il l'a défigurée. Ainsi le Christ en revêtant notre chair, hormis le péché, a redonné à cette image toute sa beauté, toute sa ressemblance avec Dieu.

Le baptême restaure dans l'âme l'image de Dieu. Avec le temps et la pratique des vertus, sous l'influx de la grâce, cette image devient de plus en plus la ressemblance de Dieu. Cette restauration a été parfaitement accomplie par le Christ, image parfaite du Père. Le Christ, nouvel Adam, a retrouvé la pureté primitive de l'homme, mais en plus il a réalisé ce que le premier Adam n'a pas su accomplir.

En assumant la nature humaine, le Christ l'imprégna de la grâce, la faisant participer à la vie divine, et fraya à l'homme la voie du Royaume de Dieu, la voie de la déification, de la  transfiguration. Par la passion librement acceptée, il anéantit le pouvoir du péché originel et amena l'homme à réaliser la tâche pour laquelle il avait été créé : la ressemblance divine.

Le but de l'image, sous la loi de grâce, est de manifester le plus fidèlement possible la vérité de l'incarnation divine, autant que cela peut se faire par les moyens de l'art. L'image de l'homme Jésus est l'image de Dieu, ainsi dans le même Christ, nous contemplons à la fois l'indicible et le représenté. L'icône représente, non la chair corruptible, mais la chair transfigurée, illuminée par la grâce, la chair du siècle à venir. Elle transmet par des moyens matériels, visibles et aux yeux charnels, la beauté et la gloire divine.

Icône de Notre-Dame de Soufanieh

Pour les pères orientaux l'icône est vénérable et sainte parce qu'elle transmet l'état déifié de son prototype et porte son nom, c'est pour cela, selon eux, que la grâce, propre à son prototype, s'y trouve présente. Pour le dire autrement la grâce de l'Esprit-Saint suscite la sainteté tant de la personne représentée que de son icône, et c'est en elle que s'opère la relation entre le fidèle et le saint par l'intermédiaire de l'icône de celui-ci. L'icône participe, pour ainsi dire, à la sainteté de son prototype et, par l'icône, nous participons, à notre tour, à cette sainteté dans notre prière.

La réponse de l'homme à Dieu

L'acceptation et la confession de l'économie divine du salut, tel est la réponse de l'homme au don de l'incarnation.

Cette confession se fait évidemment par la parole mais aussi par l'action. Par ce mot action nous pouvons comprendre l'observance des dix commandements. Mais le synodikon du Triomphe de l'orthodoxie nous permet d'approfondir le sens de ce mot action. Ce synodikon contient une série d'anathèmes contre les iconoclastes et en contre partie sept paragraphes qui synthétisent la vérité dogmatique sur l'icône avec une proclamation d'éternelle mémoire pour les confesseurs de l'orthodoxie ou de la vérité catholique. Ainsi dans le paragraphe 3 il est écrit : "La mémoire éternelle à ceux qui croient et qui prouvent leurs paroles par des écrits et leurs actions par des représentation, pour la diffusion et l'affirmation de la vérité par les paroles et par les icônes". De cette citation il ressort clairement que la réalisation d'images implique une action. L'icône devient donc un langage au même niveau que la parole pour transmettre, manifester, confesser la sainteté des personnages représentés sur l'icône. Elle manifeste d'une certaine manière l'état intérieur spirituel des saints.

Ainsi l'art sacré, et plus précisément les icônes, témoignent d'une double réalité, l'une visible, historique, terrestre et l'autre la grâce de l'Esprit-Saint. Par là l'icône rejoint en quelque manière le mystère de l'Eglise qui est à la fois divine et humaine.

Icône de la Vierge Marie

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