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Au centre du retable, l'Agneau égorgé mais vivant

Publié le : - Catégories : Art religieux , Tous les articles

L'Agneau au centre du retable

L'Agneau dans la Bible

Parmi les différents animaux de la création, l'agneau est celui qui symbolise le mieux le Christ par sa blancheur, sa grâce, par son âge, par sa docilité et son innocence. Le Christ est l'agneau sans tâche. Ce symbole a été comme officialisé par saint Jean-Baptiste : "Voici l'Agneau de Dieu qui enlève les péchés du monde". Dans l'art chrétien, sa représentation est omniprésente dans les catacombes, il était même représenté sur la croix jusqu'à ce que le concile de Quinisexte (pour plus d'informations concernant ce concile, vous pouvez consulter l'article de notre blog : L'importance du concile Quinisexte pour les icônes sacrées) demande que seule une figure humaine soit représentée. De nos jours, il se trouve souvent représenté sur la porte des tabernacles.

L'Ancien Testament

Dans la sainte Ecriture, nombreux sont les passages où la référence à l'agneau renvoie, dans un sens prophétique, au Christ Jésus :

- Is 53, 6: "Maltraité il s'humilie, il n'ouvre pas la bouche, comme l'agneau qu'on mène à la tuerie".

- Jr 11, 19 : "Et moi j'étais comme un agneau confiant qu'on pousse à l'abattoir".

- Au moment du coup de lance (cf. Jn 19, 36) saint Jean site un passage de l'Ecriture "Vous ne biserez aucun de ses os" qui est une prescription de l'Exode à propos de l'agneau pascal (Ex 12, 46) ; cette citation fait de la Passion du Christ l'accomplissement de la Pâque juive.

le Nouveau Testament

- Rappelons d'abord cette claire profession de foi de saint Jean-Baptiste à propos du Christ : "Voici l'Agneau de Dieu qui enlève les péchés du monde"

- Saint Paul, dans le même esprit, fait du Crucifix le véritable Agneau : "Le Christ, notre Pâque a été immolé (I co 5, 7)

- L'Apocalypse présente comme le couronnement et l'achèvement de ce symbolisme où la victime immolée devient la victime triomphante : "Il est digne, l'Agneau égorgé, de recevoir la puissance et la richesse, la sagesse et la force, l'honneur, la gloire et la louange" (Ap 5, 12).

L'autel et l'Agneau mystique

L'Agneau de l'Apocalypse, un Agneau eucharistique

C'est cette dernière image que le polyptyque de Van Eyck représente et en fait le sujet principal de son oeuvre sur son panneau central.

L'agneau est représenté debout sur l'autel et immolé. Ce jet de sang qui tombe dans le calice fait évidemment référence à la coupe du précieux sang et symbolise l'immolation de l'Agneau sans tâche. Nous sommes au coeur du mystère eucharistique. Il est debout car le Christ est éternellement vivant et par sa mort il a vaincu la mort. Ce triomphe du Christ est mis en valeur par ces rayons qui émanent de derrière la tête de l'Agneau. Rayons d'or, car cette couleur est le symbole de la Charité qui donne toute la valeur salvifique et satisfactoire à la Passion du Christ.

Réalisme et symbolisme

Cette représentation de l'agneau a un côté surréaliste avec ce jet de sang, mais l'artiste demeure bien dans le réalisme avec les éclaboussures provoquées par la chute du sang dans le calice et par ce filet de sang qui coule jusqu'au bas du poitrail pour s'égoutter goute à goute sur l'autel comme en témoignent ces deux petites flaques de sang entre les pieds de l'Agneau. Cette dernière précision dans les détails montre bien que cette inconséquence de l'Agneau debout et immolé renvoie vers une réalité plus haute et plus mystérieuse, l'Eucharistie dont le repas de l'Agneau pascal est le symbole par excellence.

Les inscriptions de l'autel

Comme si ce symbolisme n'était pas suffisamment clair, nous pouvons lire sur l'antependium de l'autel (ce qui pend devant l'autel) la parole de saint Jean-Baptiste déjà citée : "Voici l'agneau de Dieu qui enlève le péché du monde" avec les deux derniers mots abrégés. Cela rappelle bien évidemment le moment de la messe où, avant la communion des fidèles, le prêtre présente l'hostie aux fidèles tout en disant cette parole de saint Jean-Baptiste, pour inviter les fidèles à faire un acte de foi en la présence réelle du Sauveur et à enflammer leur coeur d'Amour envers le divin Pasteur, qui a donné sa vie pour ses brebis. En dessous nous pouvons lire : "IHES" (Jésus), Via (la voie) et deux fois VITA dont un est la contraction de VERITAS : Jésus est la Voie, la Vie et la Vérité.

Avec cet Agneau sur l'autel, qui symbolise à la fois l'Ancien et le Nouveau Testament, nous atteignons le sujet principal de l'oeuvre des frères Van Eyck qui est la mise en valeur du sacrifice eucharistique du Christ, sommet de l'histoire humaine et de la rédemption.

Les Anges proclament le triomphe de l'Agneau

Mais cet agneau n'est pas seul, il est entouré de 14 anges dont deux tiennent des encensoirs qu'ils agitent devant l'autel et quatre autres portent les armes triomphales du Christ, à savoir les instruments de sa très cruelle Passion.

A gauche nous voyons un ange qui tient la croix tout en ayant dans sa main la couronne d'épines ; en retrait, un autre ange tient la lance dans une main et trois clous dans l'autre. A droite, un ange tient d'une main la colonne de la flagellation, et de l'autre un roseau qui fut mis dans la main du Christ Sauveur durant sa passion comme un sceptre de dérision. Dans les mains de l'ange qui est un peu en retrait, nous pouvons voir d'une part un fouet et d'autre part une éponge au bout d'une perche.

Dans la mesure où se polyptyque chante la gloire du Christ, il est normal que l'autel soit entouré de ces instruments, car c'est par de telles armes que Jésus a remporté la plus grande victoire, une victoire éternelle, sur la mort, le diable et le péché.

Relire l'apocalypse à la lumière du retable

Ainsi, ces 14 anges chantent à leur manière le triomphe de l'Agneau victorieux, proclamé dans l'Apocalypse au chapitre 5 :

Alors je vis, debout entre le trône aux quatre Vivants et les Vieillards, un Agneau, comme égorgé, portant sept cornes et sept yeux, qui sont les sept Esprits de Dieu en mission par toute la terre. Il s'en vint prendre le livre dans la main droite de Celui qui siège sur le trône. Quand il l'eut pris, les quatre Vivants et les 24 Vieillards se prosternèrent devant l'Agneau, tenant chacun une harpe et des coupes d'or pleines de parfums, les prières des saints; ils chantaient un cantique nouveau: "Tu es digne de prendre le livre et d'en ouvrir les sceaux, car tu fus égorgé et tu rachetas pour Dieu, au prix de ton sang, des hommes de toute race, langue, peuple et nation; tu as fait d'eux pour notre Dieu une Royauté de Prêtres régnant sur la terre." Et ma vision se poursuivit. J'entendis la voix d'une multitude d'Anges rassemblés autour du trône, des Vivants et des Vieillards - ils se comptaient par myriades de myriades et par milliers de milliers! et criant à pleine voix: "Digne est l'Agneau égorgé de recevoir la puissance, la richesse, la sagesse, la force, l'honneur, la gloire et la louange." Et toute créature, dans le ciel, et sur la terre, et sous la terre, et sur la mer, l'univers entier, je l'entendis s'écrier : "A Celui qui siège sur le trône, ainsi qu'à l'Agneau, la louange, l'honneur, la gloire et la puissance dans les siècles des siècles!" 

Pour une visualisation de qualité du retable qui vous permettra de voir les détails, nous vous invitons à vous rendre à cette page : Le polyptyque des frères Van Eyck

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