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Le Concile de Nicée II, la Tradition et les icônes sacrées

Icône de la Trinité de Roublev

La Tradition en faveur des icônes sacrées

Dans un article consacré à la défense du culte des icônes face à l'iconoclasme, nous avons rappelé le rôle important joué par le 7ème concile oecuménique, 2ème concile de Nicée, en 787. Dans ses décisions finales, le saint Concile fait référence à la tradition :

"Nous gardons, sans rien introduire de nouveau, toutes les traditions ecclésiastiques, écrites et non écrites, qui ont été établies pour nous." Et un peu plus loin :

"Puisqu'il en est ainsi, marchant dans la voie royale et suivant l'enseignement divinement inspiré de nos saints Pères et la Tradition de l'Eglise catholique - car nous savons qu'elle est du Saint-Esprit qui habite en elle - nous décidons en toute exactitude..."

En se référant à la Tradition de l'Eglise catholique (avec un "T" majuscule), le Concile montre que l'existence des icônes a pour fondement non pas la sainte Ecriture, dont l'absence d'indications à ce sujet a été invoquée par les iconoclastes, mais la Tradition sacrée. Il ne faut pas oublier que la Tradition précède l'Ecriture. L'iconographie fait partie des traditions de l'Eglise et le concile n'hésite pas à affirmer que "la tradition de faire des images peintes (...) existait déjà au temps de la prédication apostolique, ainsi que nous le voyons par l'aspect même des saintes églises et ainsi que les saints Pères et les historiens dont les écrits se sont conservés en témoignent."

Ainsi l'iconographie est un moyen qui existait dès le début du christianisme pour exprimer la Tradition, un moyen de transmettre la révélation divine.

Saint Luc réalisant une icône de la sainte Vierge

L'icône, un rempart contre l'hérésie

Le concile affirme donc que l'icône, tout comme l'Ecriture, sert à prouver l'incarnation véritable et non illusoire de Dieu le Verbe : d'une certaine manière est rappelé le canon 82 du Concile Quinisexte que l'icône se fonde sur l'incarnation. Elle sert de réfutation à toutes sortes d'idées abstraites concernant l'incarnation et aux erreurs et hérésies auxquelles ces idées ont donné naissance : elle est un rempart contre l'hérésie.

La sainte Ecriture et les icônes sacrées

Pour le concile de Nicée II, l'Ecriture et la sainte image "s'indiquent" et "s'expliquent" l'une l'autre. Un seul témoignage est exprimé de deux façons différentes : par la parole et par l'image, les deux transmettant la même révélation à la lumière de la même Tradition sacrée et vivante de l'Eglise. L'image visible équivaut à l'image verbale. Tout comme la parole de l'Ecriture est une image, l'image peinte est une parole. "Ce que la parole communique par l'ouïe, la peinture le montre silencieusement par la représentation." (Concile de Nicée II, se référant à saint Basile le Grand). L'icône contient et proclame la même vérité que l'Evangile ; elle est, tout comme l'Evangile et la sainte Croix, un des aspects de la révélation divine et de notre communion avec Dieu, une forme dans laquelle s'accomplit l'union de l'action divine et de l'action humaine. Tant l'image sacrée que l'Evangile, outre leur signification directe, sont des reflets du monde céleste ; l'un et l'autre sont des symboles de l'Esprit qu'ils contiennent.

Icône de saint Basile le Grand

Icône de saint Basile le Grand

Lien entre l'image liturgique et la parole liturgique

Dans la 7ème session du Concile, le 13 octobre 787, nous pouvons lire : "si quelqu'un enseigne d'une autre manière, ou condamne ce que l'Eglise consacre, soi le livre des Evangiles, ou l'image de la croix, ou une image quelconque, ou des reliques d'un martyr... il devra être déposé," et un peu plus loin : "Si quelqu'un n'admet pas une explication des Evangiles faite au moyen des images, qu'il soit anathème !"

Ainsi l'icône transmet le contenu de la sainte Ecriture d'une façon vivante en s'adressant à toutes les facultés de l'homme. Par l'icône, à l'instar de la liturgie, la sainte Ecriture vit dans l'Eglise. Dans l'Eglise orientale l'unité de l'image liturgique et de la parole liturgique a une importance capitale, car ces deux modes d'expression constituent une sorte de contrôle l'un pour l'autre. Le renoncement à l'un de ces modes d'expression amène la décadence de l'autre. C'est ce qui eut lieu chez les iconoclastes des VIIIe-IXe siècles : une décadence de la vie liturgique et par conséquent de la vie spirituelle fut le résultat du renoncement à l'image sacrée. De cette manière était rompue la tradition liturgique avec tout ce qu'elle comporte. En effet, par l'icône et par la liturgie, la révélation divine pénètre dans le peuple croyant, sanctifie sa vie, lui donne son vrai sens et devient ainsi la tâche vitale à accomplir par les fidèles.

L'icône sacrée, une ouverture sur le Ciel

Le concile, en s'inspirant de saint Basile le Grand, affirme que "l'honneur rendu à l'icône va à son prototype et celui qui vénèrent l'icône vénère la personne de celui qu'elle représente". Ainsi les icônes servent d'intermédiaires entre les personnes représentées et les fidèles qui prient, les faisant communier dans la grâce. Pendant la liturgie, l'assemblée des fidèles entre, par l'intermédiaire des icônes et des prières liturgiques, en communion avec l'Eglise céleste pour ne former avec elle qu'un tout unique. Et lorsque le célébrant encense, il englobe dans son geste les saints représentés et l'assemblée des fidèles dans l'église, exprimant par là l'unité de l'Eglise terrestre et de l'Eglise céleste.

Icône de la Crucifixion

L'icône sacrée joue un rôle essentiel dans la connaissance de Dieu

L'art sacré est donc liturgique par sa nature même. Etant ainsi un art cultuel l'icône sacrée n'a jamais servi la religion comme un éléments auxiliaire emprunté à l'extérieur et utilisé par l'Eglise. L'icône sacrée, comme la parole, fait partie intégrante de la religion ; elle est un moyen de connaître de Dieu, une des voies de contact avec Lui. Et de même que l'image de la précieuse et vivifiante croix qui est le signe distinctif du christianisme, son étendard, l'icône est une confession de la vérité, une profession de foi.

Le concile de Nicée II eut de fâcheuses répercutions en Occident à cause d'une très mauvaise traduction qui suscita une forte opposition et de nombreuses critiques. Nous en parlerons dans un prochain article à l'occasion des livres carolins.

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