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La paix (PAX), devise de l'ordre bénédictin

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Médaille de saint Benoît

Sur la médaille de saint Benoît le mot PAX a remplacé les initiales IHS. Derrière cette substitution il n'y aucune machination machiavélique, mais simplement une certaine cohérence puisque PAX est la devise de l'ordre bénédictin dont la médaille est un bien propre. D'ailleurs le bienheureux Pie IX a approuvé cette inscription. Nous l'avons déjà plusieurs fois mentionné dans des articles précédents consacrés à la médaille de saint Benoît. Mais on peut se demander : pourquoi PAX est la devise de l'ordre bénédictin et quel est son sens profond ?

La Paix dans le nouveau Testament

Dès le début de l'Evangile, il est fait mention de la paix au moment de la naissance du Sauveur : "Gloire à Dieu et paix aux hommes de bonne volonté" (Luc, II, 14). Ainsi le Verbe s'incarne pour rechercher la gloire de son Père et donner la paix au monde.

A la fin de sa vie nous retrouvons une nouvelle mention de la paix en saint Jean, XIV, 27 : "Je vous laisse ma paix, je vous donne ma paix : je ne vous la donne pas comme le monde la donne." Cette paix, qu'il donne, ce n'est pas la paix extérieure, mais la paix intérieure, paix avec sa conscience, avec Dieu.

Après sa résurrection, au soir de Pâques, Jésus saluera ses apôtres de la manière suivante : "Pax vobis" (que la paix soit avec vous) (st Jean, XX, 19).

Saint Paul commence toutes ces lettres avec une salutation qui contient la paix :" Que la grâce et la paix vous soient données de la part de Dieu notre Père et du Seigneur Jésus-Christ". L'apôtre associe la grâce et la paix, parce que  la  grâce est la condition première de la paix ; sans la grâce, dit saint Thomas d'Aquin, il ne peut y avoir de paix véritable.

Cette paix nous vient de Dieu le Père comme  de son principe, d'où l'expression employée par saint Paul "Dieu de paix" (Rom. XV, 33 ; I cor. XIV, 33, etc...). Cette paix nous vient aussi du Christ, qu'il nous a obtenue par son immolation sur la croix. Dans la messe, avant de communier au sacrifice du Christ, les fidèles se donnent mutuellement le baiser de paix,  comme signe évident de leur union véritable au Christ lui-même. La paix nous vient aussi de l'Esprit-Saint ; elle est un des fruits de l'Esprit d'amour avec la joie (cf Gal. V, 22). Ainsi la Paix est un don trinitaire, essentiellement surnaturel, essentiellement chrétien.

Icône de saint Benoit

La paix dans la règle de saint Benoît

Si ce mot se trouve être la devise de l'ordre bénédictin, et orne le frontispice de nos monastères, ce n'est pas sans raison. Saint Benoît le présente comme un bien qu'il nous faut avidement rechercher. C'est le mot qui résume le mieux l'harmonie, caractéristique de l'existence du moine bénédictin.

Dans la règle de saint Benoît, il est fait mention de la paix au chapitre 53 lorsqu'il dit qu'on doit donner le baiser de paix aux hôtes reçus dans le monastère.

Dans son prologue saint Benoit nous demande de chercher la paix, de la poursuivre sans cesse, et cette recherche de la paix est associée à la recherche de Dieu, comme deux buts qui se fondent l'un dans l'autre. Déjà nous pouvons entrevoir comment la paix est liée intrinsèquement à la vie bénédictine puisque la recherche de Dieu est un élément fondamental de la vocation monastique. Ce lien entre la paix et la recherche de Dieu est mis en valeur aussi par une béatitude : "Bienheureux les pacifiques, car ils seront appelés fils de Dieu" (Mat 5, 9). Saint Benoît veut par toute sa règle nous ramener à Dieu et nous rendre de vrais fils de Dieu par la grâce du Christ ; pour cela il a voulu établir toute chose dans le monastère de façon "que tous les membres y goûtent la paix" (cf. ch. 34).

ll va sans dire que la paix que saint Benoît recherche avant tout, c'est la paix intérieure. Mais qu'elle est-elle ?

Médaille de saint Benoît

La paix intérieur et l'harmonie intérieure

Lorsque Dieu créa Adam, tout était en harmonie dans notre premier père : les sens étaient parfaitement soumis à la raison et la raison à la foi ; cette harmonie était le rayonnement divin de la justice originelle. De là naissait une paix inaltérable.

Mais le péché est venu et a rompu ce saint équilibre : désormais la chair conspire contre l'esprit, et l'esprit lutte contre la chair ; de là le trouble.

Tant que l'ordre primitif n'est pas rétabli la paix est impossible dans le coeur de l'homme. Comment alors rétablir cette harmonie ? C'est dans le Christ et par le Christ que l'ordre se rétabli et la paix est recouvrée : "Vous étiez jadis éloignés de Dieu ; vous êtes maintenant rapprochés par le sang du Christ, car c'est lui qui est votre paix" (Eph. 2, 13-14) ; et dans le psaume 84 : "La justice et la paix se sont embrassées" ; selon Isaïe (ch. 9, 6) le Christ est le prince de la paix.

Chapelet de saint Benoît

La paix, la grâce et le Christ

C'est dans la grâce du Christ Jésus que se trouve le principe de la paix ; c'est elle qui nous rend agréables à Dieu et nous donne son amitié, qui nous fait voir des frères dans les autres hommes, qui apaise en nous les tendances perverses et nous fait vivre selon la volonté divine.

Pour jouir de la paix véritable, il nous faut donc non seulement chercher Dieu, mais encore il faut le chercher de la façon dont il veut que nous le cherchions, c'est-à-dire dans le Christ.

C'est un acte de foi en la divinité du Christ, la foi en sa toute puissance, en sa bonté infinie, en son amour pour chacun d'entre nous. Cette foi doit être pratique, elle doit s'étendre à tout notre être, et avoir pour objet tout ce qui touche le Christ. Nous devons nous donner tout entier à Jésus-Christ, lui livrer notre âme, notre intelligence, notre volonté, notre corps. Tout ce qui soustrait à l'action de l'esprit du Christ, est soustrait à l'ordre divin. En dehors de la lumière du Christ il n'y a que ténèbres, erreur, impuissance. Quelle paix peuvent donner les ténèbres, l'erreur, l'impuissance ?

Quand on se soumet entièrement au Christ, il nous donne sa paix, une paix que le monde ne connait pas, une paix qui surpasse tout sentiment comme dit saint Paul (Phil. IV, 7). Au centre de l'âme qui aime Dieu se dresse la civitas pacis qu'aucun bruit du monde ne peut troubler. Notre paix ne dépend que d'une chose, de notre attitude par rapport à Dieu, au Christ.

Icône de saint Benoît

Le Christ et la règle de saint Benoît

Cette soumission au Christ est omniprésente dans la règle de saint Benoit :

- dès les premières lignes du Prologue : "...Qui, renonçant à tes propres volontés pour militer sous le vrai roi, le Seigneur Jésus-Christ,...".

- Au chapitre 4 sur les bonnes oeuvres : "Se renoncer soi-même pour suivre le Christ"

Si nous cherchons réellement Dieu en tout, sur les pas du Christ, soyons assuré que la paix régnera en nous, profonde et abondante.

- Au chapitre 5 sur l'obéissance : Elle (l'obéissance accomplie sans retard) est propre à ceux qui, n'ont rien de plus cher que le Christ".

- Dans le chapitre 7 sur l'humilité, à plusieurs reprises l'exemple du Christ  est mis devant les yeux du moine par des citations de la sainte Ecriture qui s'appliquent au Christ.

- etc...

Crucifix de saint Benoît

Chercher Dieu et la paix

Le moine, en entrant au monastère a abandonné toute chose pour suivre le Christ (cf Math XIX, 27). En demeurant dans ses dispositions il goutera la paix. Tout est ordonné dans la sainte Règle pour nous procurer cette paix, et le monastère, où l'on vit selon cette Règle, est bien dès ici-bas une vision de paix, la Jérusalem céleste anticipée.

Pour Saint Benoît l'essentiel est de savoir si le moine cherche vraiment Dieu. Il ramène toute sa règle à cela. Cette unité de but, fait l'unité dans toutes les actions de la vie du moine, et surtout l'unité dans les désirs de son être ; et c'est là pour saint Thomas, un des éléments essentiels de la paix (cf IIa-IIae, a. ad 1 ; a 3). Quand nous ne cherchons que Dieu par une obéissance pleine abandon et d'amour, nous ramenons toutes choses à l'unité nécessaire ; et c'est ce qui établit en nous la force de la paix.

En dehors du Christ nous ne parviendrons pas à ce but : Lui seul est la voie qui nous y conduit. C'est en donnant au Christ la royauté sur notre coeur que nous obtiendrons cette paix que le monde ne peut pas nous donner ni nous ravir et que nous serons aussi de vrais disciples de saint Benoit, car sa règle est christocentrique.

Saint Benoît termine le chapitre 72 "Du bon zèle que doivent avoir les moines", chapitre essentiel qui achève la règle et qui est comme le reflet de son âme, par ces paroles : Qu'ils ne préfèrent absolument rien à Jésus-Christ, lequel daigne nous conduire tous ensemble à la vie éternelle. Amen"

Une fois que la paix intérieure demeure dans le coeur du disciple de saint Benoît, il pourra alors la faire rayonner au dehors. C'est parce que les moines du Moyen Âge avaient cette paix au fond de leur âme qu'ils ont pu réaliser toute cette oeuvre civilisatrice et pacificatrice qui a joué un rôle essentiel dans la construction de l'Europe chrétienne et qui a valu à saint Benoît d'être le saint Patron de l'Europe.

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