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Le Crucifix et ses différentes représentations

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Le Crucifix

Trois ou quatre clous pour Jésus crucifié ?

Saint Bonaventure, dans son récit sur l'ensevelissement du Sauveur, semble croire que Notre-Seigneur n'était attaché à la croix que par trois clous, un seul clou fixant les deux pieds superposés :

- "Nicodème, dit-il, s'apprête à enlever le clou des pieds ; " et plus loin : " le clou des pieds ayant été arraché." Saint Bonaventure, en parlant ainsi, est de son temps et de son pays.

C’est en effet au XIIIe siècle et en Italie que les peintres Cimabuë et Margaritone se donnèrent les premiers la licence, dans leurs crucifixions, de placer les pieds l’un sur l'autre et de les fixer avec un seul clou. Mais cet usage semble contraire à l’histoire profane aussi bien qu’à la tradition chrétienne. Les auteurs qui ont traité du crucifiement parlent toujours de quatre clous. Un personnage de Plaute dit, en envoyant un esclave à la croix: « Affigantur bis pedes, bis manus. Deux clous aux pieds, deux clous aux mains ! »

Les peintures découvertes dans les fouilles de Saint-Clément, à Rome, montrent un crucifix, les pieds séparés.

Tous les monuments de l’art grec nous montrent Notre-Seigneur fixé à la croix par quatre clous.

De même pour le vieux crucifix de Lucques, attribué à Nicodème ; le crucifix en bois de cèdre, attribué à saint Luc, conservé à Siroli; près d'Ancône ; le crucifix en mosaïque, exécuté au VIIIe siècle dans l’ancienne basilique de Saint-Pierre à Rome ; un crucifix en argent, donné par Charlemagne au pape Léon III (815), etc...

Saint Cyprien (IIIe siècle), Rufin (IVe siècle), Théodoret, saint Augustin, plus tard Innocent III (1200), le cardinal Baronius, le savant Tolet au XVIe siècle, pensent tous que les pieds du Sauveur étaient fixés séparément. etc...

En revanche le chirurgien Pierre Barbet, dans son livre "la Passion de Jésus-Christ selon le chirurgien", affirme sans hésitation, en s'appuyant sur le saint Suaire de Turin, qu'un seul clou a été utilisé, traversant, dans la partie postérieure des deuxièmes espaces intermétatarsiens, les deux pieds croisés, le gauche devant, le droit appliqué directement sur la croix.

Clou dans les mains

Sur la plupart des crucifix, les clous transpercent la paume des mains ; d'autre part quand on représente les plaies du Christ sur des statues du Sacré-Coeur par exemple, ces plaies se trouvent dans la paume des mains. Pour accréditer cette position des plaies dans les mains du Christ, plusieurs textes de la Sainte Ecriture peuvent être cités :

- l'épisode de l'incrédulité de saint Thomas en saint Jean, c. XXI : "Si je ne vois pas la marque des clous dans ses mains..." ;

- en Saint Luc (24, 39), le Christ dit : "Voyez mes mains et mes pieds" ;

- en Zacharie (13, 6), il y a cette phrase "Que sont ces plaies au milieu de tes mains ?"

Tous ces passages nous font penser à des clous fixés dans la paume des mains. Mais le Saint Suaire s'oppose clairement à cette solution : l'analyse des plaies des mains du Christ sur le Suaire localise les clous dans les poignets ou à la naissance de la main (le carpe). Le docteur Barbet relate dans son livre les différentes expériences qu'il a faites et conclut :

- les clous fixés dans la paume de la main fragilisent trop la main au point que la force exercée par le poids du corps déchirent les mains.

- la fixation des clous dans le carpe atteint un nerf qui entraîne le repliement du pouce à l'intérieur de la main ; en raison de cela, le pouce n'est pas visible sur le Saint Suaire.

Que choisir entre les textes de la sainte Ecriture et le réalisme du Saint Suaire de Turin ? Pour le Docteur Pierre Barbet la conciliation est assez aisée car le texte sacré parle non pas de la paume mais de la main qui se compose du carpe, du métacarpe et des doigts. Ainsi en plaçant le clou au niveau du carpe on est toujours dans la main, et c'est comme l'endroit idéal pour enfoncer un clou car il existe au milieu des os du carpe un espace où le clou peut être enfoncé sans brisé aucun os.

La couronne d'épines

C'est à partir du XIIIe s. qu'on a commencé à représenter le divin crucifié avec sa couronne d'épines. L'empereur latin de Constantinople avait un grand besoin financier. Il mit en gage la sainte couronne d'épines auprès d'un marchand vénitien. le pieux roi saint Louis l'acheta et fit construire la sainte chapelle, joyau de l'art gothique, pour abriter a sainte relique. A partir de cette période la couronne d'épines est devenu un élément incontournable du crucifix. A-t-il eu vraiment la couronne d'épines ? Dans les évangiles, il n'est pas dit que le Christ sur la croix avait la couronne d'épines. Par contre en saint Jean ch. 19 v. il est dit clairement que les soldats, tressant une couronne avec des épines, la lui posèrent sur la tête et ils le revêtirent d'un manteau de pourpre".   Saint Marc parle aussi du couronnement d'épines (ch. 15, v. 17) et du manteau de pourpre. Après la scène de cruelle dérision, Marc ajoute (v. 20) : "ils le dévêtirent de la pourpre et le revêtirent de ses vêtements". Mais il ne dit pas qu'ils lui enlevèrent la couronne d'épines. On peut donc raisonnablement penser que le Christ l'avait sur sa tête quand il fut crucifié.

Couronne d'épines

Forme de la croix

Tertullien, saint Jérôme, saint Paulin et Rufin semblent d'avis que la vraie Croix sur laquelle le Christ fut crucifié, affectait la forme du Tau (T). Mais il est plus vraisemblable qu'elle eut la forme d'une croix latine (†). Pour cette seconde solution, nous pouvons citer saint Justin, saint Augustin, Théodoret, Eusèbe, etc...

Sur beaucoup de monuments où la croix est représentée, elle a la forme latine.

Saint Pierre demanda à être crucifié la tête en bas. Une telle demande suppose que cela ait été possible, car c'était sans doute une croix du même type qui servit à crucifier le Christ. Elle avait donc une partie verticale qui dépassait la barre transversale et qui, la croix étant inversée, put être plantée en terre. C'est donc une croix latine.

Christ triomphant ou Christ souffrant ?

Au cours des siècles la représentation du Christ lui-même a varié ; on peut distinguer trois périodes :

- jusqu'au XIIIe s. le Christ est représenté triomphant, les yeux ouverts, le visage calme, car la croix du Christ est un triomphe sur la mort, le péché et Satan. Parfois, il est même représenté avec une couronne royale qui n'a rien avoir avec la couronne d'épines. Ce Christ triomphant se généralisera avec Charlemagne qui veut voir le Christ régner sur le monde et dont il est le lieutenant.

- A partir du XIIIe s., le Christ souffrant apparait. C'est sans doute dû en partie à l'influence de saint François d'Assise, le stigmatisé de l'Averne, dont la dévotion au Christ souffrant est légendaire. Il enseignait à ses disciples à se prosterner devant les églises et les crucifix, du plus loin qu'ils les apercevaient, "pour honorer Jésus-Christ dans les représentations extérieures des souffrances qu'il a endurées pour notre amour." Une autre cause a pu jouer, à savoir, l'arrivée à Paris de la couronne d'épines achetée par saint Louis. Ce courant va être immortalisé dans l'art par les Giotto, Fra Angelico.

- Au milieu du XVIe s. le souci de la forme et du décor tend à remplacer l'idée religieuse.

Crucifix au Moyen-Âge

Position des bras du crucifix

Au XIIe et XIIIe siècle, le Christ était représenté comme un triomphateur, les deux bras majestueusement posés sur la traverse de la croix. Evidemment une telle représentation n'était pas réaliste, mais elle se voulait l'expression d'une vérité plus haute : le triomphe du Christ par la croix.

A partir du XIVe et XVe, le souci du réalisme l'emporte. Les bras ne sont plus sur une ligne droite ; ils forment un angle, mais un angle très obtus.

"Nous devons reproduire le Sauveur tel qu'il était sur son gibet, disent les artistes de cette époque ; or,  il est impossible que le corps, pesant de tout son poids sur les bras du Crucifié, ne les ait pas fait dévier de la ligne horizontale et fléchir quelque peu vers la terre." En fin de compte ce n'est qu'une remarque de bon sens.

Mais il y a une troisième position pour les bras : ceux-ci sont quasiment verticaux comme nous pouvons le voir sur cette photo du crucifix de Duquesnoy d'un seul morceau d'ivoire. Cette représentation est le symbole d'une doctrine, celle des Jansénistes qui affirmaient que le Christ n'était pas mort pour tous les hommes. Pour symboliser cette doctrine impie, les Jansénistes n'hésitèrent pas à modifier l'iconographie traditionnelle : les deux clous qui fixaient les mains de Jésus sont rapprochées du centre de la croix et le corps du Sauveur est ainsi suspendu à ses deux bras, devenus presque parallèles.

Christ mort en croix

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