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Que faut-il penser de Maximin Giraud, le voyant de la Salette ?

Publié le : - Catégories : La Vierge Marie , Notre-Dame de la Salette , Tous les articles

Maximin Giraud, voyant de la Salette

Les voyants de la Salette, Mélanie Calvat et Maximin Giraud, ont été l'objet de sévères critiques qui nuisirent d'une certaine manière aux apparitions de la Vierge sur la sainte Montagne de La Salette. Si les deux voyants ont eu leurs détracteurs, ils ont eu aussi leurs défenseurs. Alors, que faut-il penser de tout cela ? Aujourd'hui, jouissant d'un certain recul et d'une documentation plus abondante nous avons la possibilité de juger plus sereinement cet événement et la personnalité des deux voyants.

Notre-Dame de la Salette

Vie chaotique de Maximin

Une brochure sur les voyants de La Salette, publiée en 1980, donne un bref récit de la vie de Mélanie et Maximin : avant les apparitions, ce dernier était d'une ignorance crasse au point de vue religieux ;il est présenté comme un jeune instable. sont avancés pour preuve ses continuellement changements d'orientation : petit séminaire, balloté à droite et  gauche, étude de médecine, zouave pontifical ; il se lance dans les affaires pour en fin compte accumuler des dettes et ruiner sa famille adoptive. Toute cela l'a amené à "rouler sa bosse" en peu dans toute la France : le Midi, l'Ouest, le Havre, Tonnerre, Paris et un séjour en Italie sans compter les 6 mois comme zouave pontifical.  Pour finir il revient dans son bourg natal après la guerre 1870, totalement pauvre et il est rejoint peu après par sa famille adoptive complètement ruinée. Le sanctuaire de La Salette leur verse une pension qui les aident à vivre. Il meurt d'une mort très chrétienne le 1er mars 1875 à peine âgé de 40 ans.

Témoin fidèles des apparitions de la Vierge à La Salette

Toute sa vie il a maintenu son témoignage concernant la réalité des apparitions. Nous pouvons lire dans son testament "Je crois fermement, même au prix de mon sang, à la célèbre apparition de la Très sainte Vierge sur la Sainte Montagne de La Salette, le 19 septembre 1846. Apparition que j'ai défendue par paroles, par écrits et par souffrances... Dans ces sentiments, je donne mon coeur à Notre Dame de La Salette".

Sanctuaire de Notre-Dame de la Salette

Origine de l'instabilité de Maximin

Mais que penser  de cette instabilité ? De ce jugement sévère ? Il est bien vrai qu'il a un tempérament impulsif et qu'il a toujours la bougeotte. Mais ce n'est pas la vraie raison de cette apparente instabilité.

La raison fondamentale est qu'il a été comme rejeté par l'Eglise en la personne de Mgr Ginoulhiac évêque de Grenoble de 1853 à 1870. Comme nous l'avons écrit dans un précédent article, cet évêque gallican, qui devait son évêché à Napoléon III, se trouvait très mal à l'aise avec le secret que Maximin lui a révélé et qui prophétisait la chute lamentable de l'empereur. Pour sortir de cette impasse, il trouva cette formule devenue célèbre : "La mission des bergers est finie, celle de l'Eglise commence" (homélie du 19 septembre 1855).

Ainsi il pouvait accepter l'apparition dans ce qui a été officiellement approuvé par son prédécesseur, Mgr de Bruillard, tout en refusant le secret que Maximin avait révélé au Pape.

Maximin rejeté par des hommes d'Eglise

Cette mise à l'écart de Maximin par l'évêque de Grenoble apparait clairement dans une lettre écrite au curé Mélin : "j'ai renvoyé Maximin du petit séminaire".

Entré au grand séminaire il le quitte sur le conseil de ses professeurs car sa très haute idée du sacerdoce et sa difficile condition de voyant ne cadraient pas avec la vie ecclésiastique qu'il connaissait.

C'est encore un de ses professeurs qui le dissuada de continuer dans la carrière médicale pour la raison suivante : "Les gens ne s'adresseront pas à vous comme médecin mais comme voyant, guérisseur et faiseur de miracle. Vous serez toujours en porte-à-faux".

Il y a l'épisode qu'on lui a reproché de la commercialisation d'une liqueur à son nom qui a lamentablement échoué. Mais là, il a été victime d'un profiteur qui voulait tirer avantage de sa qualité de voyant.

Chapelle de Notre-Dame de la Salette à Toulouse

Chapelle Notre-Dame de la Salette à Toulouse représentant la scène de l'apparition.(source : Wikipedia)

La terrible réputation de voyant

Ce n'est donc pas par impulsion qu'il a quitté le petit séminaire, arrêté le grand séminaire et abandonné les études médicales. Ces épisodes montrent une certaine la responsabilité de l'autorité ecclésiastique qui semble avoir livré Maximin à lui-même.

Le 24 mai 1865 il s'engage chez les zouaves pontificaux, offrant sa vie pour défendre le pape, mais 6 mois après il ne renouvèle pas son engagement, car à cette époque on ne se battait pas et malheureusement la vie des zouaves était plus ou moins édifiante et ne répondait pas à son idéal.

C'est donc sa situation de voyant et l'action pour l'écarter de La Salette qui l'on fait osciller tant bien que mal entre divers choix intelligents ou généreux, secondés par l'hospitalité de prêtres ou de laïcs.

Avec sagesse, il comprit qu'il n'était pas davantage appelé à l'état ecclésiastique qu'au mariage. Il géra saintement son célibat dans la chasteté. Sa cohérence sa lucidité, son intelligence lorsqu'il s'agissait de l'apparition et de Notre-Dame à qui il avait voué sa vie, sont restées sans reproche.

Ces dernières considérations permettent de nuancer le jugement assez négatif sur Maximin, que nous avons rappelé au début et de comprendre qu'au milieu d'événements qu'il subissait, Maximin a été fidèle jusqu'au bout à la vision de la Dame.

Extraits de lettres de Maximin Giraud

Pour terminer, citons quelques passages de ses lettres ; elles nous montrent une âme délicate, douée de beaux sentiments :

Maximin à Mgr de Bruillard : lettre du 31 décembre 1851

Monseigneur,

Je demande bien pardon à votre Grandeur si je prends la liberté de lui écrire. Mais comme elle n’a pas dédaigné de faire mon bonheur, et qu’elle m’a choisi parmi tant d’autres auxquels elle aurait pu faire la même faveur, et qui en auraient été plus dignes, c’est pour moi un devoir de reconnaissance de lui exprimer ma vive reconnaissance pour les bien­faits dont elle m’a comblé.

Vous avez daigné, Monseigneur, distinguer dans votre troupeau la dernière de vos brebis que jusqu’ici vous avez eu tant de peine à garder. Votre zèle et votre charité ne se sont pas lassés à la poursuivre ; vous l’avez toujours ramenée au bercail; et puis encore, vous la gâtez comme les bergers gâtent les brebis qu’ils aiment plus que les autres. Ô bon pasteur, ô mon père, cette brebis vous promet de ne plus s’enfuir, et d’écouter toujours votre voix.

Permettez, Monseigneur, que j’adresse à Dieu cette prière : mon Dieu, accordez au bon pasteur une année bienheureuse. Faites, pour le bien de son troupeau, qu’il vive encore longtemps et que son Diocèse lui donne les consolations que lui méritent son amour, sa générosité, son dévouement.

Daignez, Monseigneur, bénir l’enfant que vous avez bien voulu adopter, et recevoir l’expression sincère de son respect et de sa reconnaissance.

Maximin Giraud Le 31 Xbre 51 petit séminaire de la Côte.

20 août 1869

Je suis toujours là-haut (à La Salette). J’y pleure sans cesse. La matin on me fait lever dès cinq heures. Je répète mon récit plusieurs fois par jour. Souvent vers minuit je suis encore à signer des images. Aussi je suis mort de fatigue. Comme je n’ai pas un sou, je ne sais que faire. M. Auvergne m’écrit d’attendre Mgr et le P. Giraud, qui doivent venir en pèlerinage ici à la fin d’août. Les Pères sont contents de moi. Mais ils ne peuvent, me disent-ils, qu’appuyer ma demande auprès de sa Grandeur. Ils me promettent de l’argent pour retourner à Paris. Ils préféraient me voir rester au pays, à Grenoble, ou entrer en pension dans un couvent à leur charge. Beaucoup de pèlerins m’ont offert de l’argent. Mon refus a produit le meilleur effet. Car on connaît ma position précaire. Voyez, dis-je aux Pères, j’attends tout de vous et des autres. Je prie les pèlerins de vous remettre ce qu’ils me destinent, afin que vous veniez vous-mêmes à mon aide.

Même si Maximin a sa part de responsabilité dans sa vie chaotique, l'autorité ecclésiastique a aussi la sienne, celle de l'avoir mis de côté. En comparant avec sainte Bernadette et Soeur Lucie de Fatima, on y trouve un certain contraste : les supérieurs ecclésiastiques s'occupèrent bien de leur avenir et prirent soin de les protéger contre une vénération déplacée : ils surent tirer des leçons de la vie de Maximin.

Dans un autre article nous parlerons de Mélanie Calvat.

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