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A l'origine du Rosaire : les Chartreux - Partie 2

Dans un premier article nous avons montré que saint Dominique, le fondateur de l'ordre des Prêcheurs, n'était pas à l'origine du rosaire : Saint Dominique est-il vraiment le génial initiateur du Rosaire ou du chapelet ?

Dans un second article nous avons commencé à exposer les antécédents du rosaire : la prière de l'Ave Maria, la dévotion aux joies et douleurs de Marie : Quelle est l'origine du Rosaire ou du chapelet ? - partie 1

Avec cet article nous abordons le rôle prépondérant des chartreux dans l'institution du rosaire.

Chapelet en bois d'olivier

Le rosaire, une oeuvre commune

Dans un manuscrit de 1501, on peut lire : "Le rosaire... a son origine principale dans l'ordre de saint Benoît, ensuite sa consistance avec les chartreux et en dernier lieu sa forme finale avec les confréries des Frères Prêcheurs.

La part due à l'ordre bénédictin, et plus précisément aux Cisterciens, est la pratique des trois cinquantaines d'Ave ou psautier de Marie qui date au moins du début du XIIIe s. et l'insertion des clausules qui sont  de petites phrases accolées au nom de Jésus, présent dans l'Ave Maria, qui rappellent ce qu'a fait ou dit Jésus : "...Jésus, adoré par les Mages", "...Jésus tenté par le diable", "...Jésus qui a lavé les pieds de ses disciples", etc... 

Avec l'influence des chartreux cette dévotion en honneur chez des cisterciens et cisterciennes rheno-flamands deviendra une véritable méthode de vie spirituelle.

Saint Bruno Fondateur des Charttreux

Saint Bruno Fondateur des Chartreux

Le rôle des Chartreux à l'origine de la prière du rosaire

Trois noms de Chartreux sont à retenir.

Dom Henri Egher de Kalcar (1328 - 1408)

Ce saint religieux, prêtre en 1360, que Saint Canisius a mit dans son martyrologe au 20 décembre, entra  à la Chartreuse de Cologne en 1365 ; il eut vers 1366 une vision de la sainte Vierge Marie qui lui dit en substance : "Je connais ton désir et je sais que volontiers tu me servirais d'une façon plus agréable, si tu savais. Je te dis donc que tu me rendras un hommage très agréable, si chaque jour tu récites dévotement et attentivement, prosterné à terre, 50 fois la salutation angélique."

Mais les archives des chartreuses de la Province du Rhin contient une autre version : la sainte Vierge lui dit entre autres choses, comment il pourrait lui composer un psautier plus parfait. Il devait d'abord dire un Pater et ensuite dix Ave et ainsi de suite jusqu'à concurrence de 15 Pater et de 150 Ave.

La chronique de Cologne précise que ce psautier ou cette façon d'honorer Marie s'y répandit au point qu'il n'y avait personne qui n'eût un Rosaire de 15 décades...". Cette chronique appelle cette dévotion "Psautier de la Bienheureuse vierge Marie, parce que, outre les 15 Pater, elle renferme autant d'Ave que le psautier de David contient de psaumes."

Dom Adolphe d'Essen ( † 1439)

Peu après son entrée à la Chartreuse de Trèves (1398), il composa deux petits traités  intitulés, l'un "Recommandation du Rosaire", et l'autre "Vie de Notre-Seigneur Jésus-Christ et de sa Bienheureuse Mère, ou méditations extraites de la Vie du Christ de notre Ludolphe (le Chartreux)". Ces deux ouvrages influencèrent beaucoup un de ses disciples dont nous parlerons au paragraphe suivant. Il eut aussi une vision de la sainte Vierge qui sera rapportée un peu plus bas.

Chartreuse de Trêves

La chartreuse Saint-Alban de Trêves au XVIe s.

Dom Dominique Hélion (1384 - 1460)

Originaire de la Prusse polonaise, il perdit son père à 11 ans. Après quelques années de débauches, il entra en 1409, à 25 ans, à la Chartreuse saint-Alban près de Trèves. Dans cette chartreuse, Mère et Maitresse de toute la province du Rhin, fleurissait aussi bien le psautier marial que le Rosaire de 50 Ave.

Cette prière des 50 Ave ne provient pas d'une réduction du Psautier de Marie, mais elle a son origine dans la célèbre légende du chevalier dont voici un résumé :

Un séculier, chevalier selon certains, avait l’habitude de tresser chaque jour une couronne de fleurs qu’il déposait avec grande dévotion sur le front d’une statue de la T. S. Vierge. Il se fit convers dans un monastère. Bientôt ses travaux ne lui permirent plus de trouver le temps de cueillir des fleurs pour sa couronne quotidienne. Ne pouvant renoncer à sa pratique, il songea à retourner dans le monde. Un ancien moine connut son projet et lui conseilla de dire cinquante Ave Maria, lui promettant que cet hommage plairait autant à la Sainte Vierge que la couronne de fleurs qu’il regrettait de ne plus pouvoir lui offrir. Il suivit ce conseil et persévéra. Plus tard il dut entreprendre un assez long voyage pour les besoins de son monastère et eut à traverser une forêt. N’ayant pas encore trouvé le temps, ce jour-là, de réciter ses 50 Ave, il descendit de cheval pour offrir à Marie ses salutations accoutumées. Un brigand survint (plusieurs même, si l’on en croit les plus anciens récits), qui lui prit son cheval et tout ce qu’il avait. Ce brigand allait lui ôter la vie quand il aperçut une dame très belle tenant en mains une de ces bandelettes qui servent à faire des couronnes. A chaque Ave que le moine récitait, elle cueillait sur ses lèvres une rose qu’elle attachait à la bandelette. Quand la couronne de 50 roses fut finie elle se la mit sur la tête et disparut. Le larron s’approche du moine et l’interroge au sujet de cette dame. Le moine lui dit ce qu’il faisait mais l’assure qu’il n’a rien vu. Et l’autre, comprenant que ce pouvait être Notre-Dame, lui restitua tout ».

Le secret du Rosaire

Le zèle de Dominique le Chartreux pour l'Ave Maria et le Rosaire

Dominique instruit et encouragé par son prieur Dom Adolphe d'Essen, s'enthousiasma pour le Rosaire et les Méditations, les deux ouvrages cités plus haut, d'autant plus que l'expérience lui montra combien l'affirmation suivante de son prieur était vraie : "Il n'y avait pas d'homme, si mauvais fût-il, qui n'éprouvât quelque amendement dans sa vie, s'il consentait à réciter ses 50 Ave par jour pendant un an".

Un jour, il fut inspiré de fondre en un seul ces deux exercices distincts : les Ave et les méditations. Dominique composa alors 50 "formules" résumant les principaux mystères de la Vie de Jésus et de sa Mère, et les souda aux Ave, qui ne contenaient pas encore la seconde partie ; en voici un exemple : "...le fruit de votre sein, Jésus-Christ, qui, à la dernière cène, a institué le sacrement de son Corps et de son Sang". Il est fort possible que l'inspiration de dom Dominique le Prusse vienne des clausules cisterciennes du début du XIIIe s. mentionnées plus haut.

Confirmation par une vision du Ciel

Vers 1429 Adolphe d'Essen eut une vision symbolique touchant le rosaire récité selon la méthode de Dominique de Prusse, dont voici un résumé :

Il vit, entre autres choses, la Vierge entourée de toute la cour céleste. Celle-ci chantait à Marie le Rosaire, accompagnant chaque Ave d’une de ces clausules que Dominique de Trêves avait été le "premier" à y joindre. Au nom de Marie, tous inclinaient la tête; à celui de Jésus, tous ployaient le genou; enfin, ils terminaient le chant de chacune des 50 formules par un Alléluia. Tous rendaient à Dieu d’immenses actions de grâces pour tous les fruits produits par cette récitation. Il les entendit prier avec ferveur pour obtenir que Dieu accorde à ceux qui réciteraient ainsi le Rosaire, la grâce d’en tirer profit pour leur avancement spirituel, de persévérer, et, après leur mort, celle d’une singulière récompense dans les cieux. Il aperçut de splendides couronnes préparées pour chacun des rosaires offerts à la louange de Dieu et de sa sainte Mère. Enfin, il reçut l’assurance que celui qui les réciterait avec les mêmes inclinations et génuflexions qu’il avait contemplées s'accomplissant au ciel, obtiendrait l'entière rémission de ses péchés.

L'Ave Maria et contemplation des mystères : un doublet gagnant

La méthode de Dominique de Trêves, méditer en récitant le Rosaire, eut une grande et rapide diffusion : Adolphe d'Essen écrivait qu'"à Coblence, à Nuremberg, en beaucoup d'autres lieux, on adopte cette dévotion aussi bien parmi les séculiers que chez les religieux..". Le Rosaire de Dominique, composé de 50 Ave, avait l'avantage de remémorer en 50 tableaux toute la vie de Jésus et de sa Mère. Il réveillait l'attention à chaque Ave en proposant un sujet nouveau de contemplation. C'était une méditation. C'est sans doute à cette valeur intrinsèque, plus qu'au récit de la vision d'Adolphe, rappelée plus haut, qu'il dut de ne pas disparaître lorsque le Psautier de Marie, restauré par les Dominicains sous le nom de Rosaire, eut été enrichi d'indulgences par les papes. Cette addition de la clausule à chaque Ave est encore observée dans certaines régions d'Allemagne.

Nous approchons de la formule définitive du rosaire telle que nous la connaissons. Si l'apport des Chartreux pour la constitution du Rosaire est très important, ce n'est pourtant pas à eux que nous devons la forme définitive. Nous verrons cela dans un prochain article.

Source de ces articles sur le Rosaire et son origine :

- l'encyclopédie de Mariologie "Maria"

- l'article Rosaire du dictionnaire de spiritualité

- l'article "Chapelet" du dictionnaire de l'Archéologie chrétienne et de liturgie

- un article de la Documentation Catholique

- un article de la Vie Spirituelle

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