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La peinture de Fra Angelico, réalisme de l'esprit

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Couronnement de la Vierge de Fra Angelico

Couronnement de la Vierge de Fra Angelico

Le nombre d'oeuvres et de peintures qui nous restent de Fra Angelico est assez important au point de donner la possibilité de dévoiler le secret de cet artiste hors norme.

Fra Angelico, avant d'être un peintre, est un religieux dominicain, ordre voué à la prédication. Ainsi sa peinture est comme une prédication où il rend visible l'invisible contemplé.

L'oeuvre de Fra Angelico se situe entre deux mondes : celui de l'art gothique finissant et celui de la peinture renaissance qui émerge avec la perspective et un plus grand réalisme.

La peinture gothique

Fra Angelico est un héritier de la peinture gothique qui est un mouvement venu de France et qui se développe en Italie entre 1380 et 1450. Ce style de peinture apporte un raffinement de la polychromie qui n'a jamais été poussé aussi loin. Ce raffinement est sans doute dû au souci qui les habitait, celui de représenter la lumière, d'où ces fonds couleur or, ces dégradés de couleurs, ces couleurs vives. C'est aussi une élégance formelle apportée à la ligne. L'art gothique finissant n'ignorait pas totalement la perspective, comme en témoigne les oeuvres de Giotto dont Fra Angelico est en partie un héritier.

Annonciation de Fra Angelico

Une Annonciation de Fra Angelico

Apports de l'art de la Renaissance

Avec la renaissance les principes de la perspective explicités par Leon Battista Alberti (1404 - 1472) dans son traité "De pictura" deviennent le nouveau dogme pictural qui théorise la construction du tableau avec la ligne d'horizon et le fameux point de fuite, à partir duquel on trace toutes les obliques. Une autre caractéristique de cette peinture, c'est un plus grand réalisme, même si cette préoccupation n'était pas absente dans l'art gothique.

Fra Angelico entre l'art gothique et l'art renaissance

Fra Angelico ne refuse pas cette modernité mais il l'intègre comme un moyen et non comme une fin. Fra Angelico conjugue les richesses du gothique aux nouveautés de la perspective, mais il surplombe le tout en gardant sa voie propre.

Les historiens de l'art ont discuté souvent de savoir si Fra Angelico est un artiste de l'art gothique ou de la Renaissance . Pour aborder ce problème, il ne faut jamais oublier ce qu'il y a de fondamental dans Fra Angelico et aussi à ses propres yeux.

Fra Angelico un dominicain fervent 

Certes il est un très grand peintre, mais aussi et d’abord un religieux exemplaire d’un ordre alors en pleine vitalité, celui des Frères Prêcheurs, récemment réformé par saint Dominique (Giovanni Dominici, 1357 - 1419) sous l'impulsion de sainte Catherine de Sienne.

La Vierge et saint Dominique

Un défi à relever pour Fra Angelico

Les problèmes qui se posent d’abord à Fra Angelico, et auxquels il lui faut trouver une solution, concernent les rapports délicats entre l’Église et la Renaissance, entre la doctrine et l’esthétique d’une tradition catholique millénaire et celles d’un essor nouveau de la culture laïque. C’est précisément sous cet angle que la personnalité historique et artistique de Fra Angelico apparaît dans toute sa netteté.

Un art au service de l'apostolat

Giulio Carlo Argan, critique d'art italien, (1909 - 1992) a fort bien souligné les éléments fondamentaux et proprement « dominicains » d’un tel art, à base doctrinaire, chargé d’une visible intention d’apostolat. La beauté naturelle et son expression artistique sont considérées comme devant mener à Dieu, à travers un processus à la fois intellectuel (remonter des effets à la cause) et moral (choix du bien et élimination du mal). C’est le beau idéal que poursuit Fra Angelico. Il recherche en chaque chose une signification symbolique : ainsi les fleurs seront le symbole du jardin céleste. Il épure le naturalisme en éliminant les aspects du « mal ». La perspective et le clair-obscur de la Renaissance, construits sur des bases quasi mathématiques et centrés sur la raison humaine, seront remplacés par la valeur qualitative de la lumière, chère à l’esthétique et à la métaphysique du Moyen Age, et considérée comme une émanation divine. Et l’artiste aboutit en définitive non à la « vue » objective, mais à la « vision » lumineuse qui sublimise le monde et lui restitue l’aspect de l’Eden primitif.

Vierge et l'Enfant-Jésus

La modernité et Fra Angelico

Cependant, le modernisme de l’Angelico coïncide par ailleurs avec le plus pur modernisme de la Renaissance, par exemple dans sa conception de l’histoire qui est représentée, en peinture, d’après l’action. Pour les artistes de la Renaissance, celle-ci est un but en soi, dans le choc des volontés, au milieu d’un contexte terrestre et limité.

Ne jamais oublier la fin ultime de l'homme

Mais pour Fra Angelico, tout est ordonné d’avance, orienté vers les fins dernières : il évoque les sujets et les récits bibliques et religieux avec émerveillement, comme s’il s’agissait d’une représentation sacrée; c’est sans doute pour cette raison que tous les « méchants » ont l’air d’être déguisés.

Au delà du naturel, le surnaturel

Il peut être proposé une explication de l’art de Fra Angelico, où l’on verrait déjà, au moins de façon embryonnaire, un « art d’église », distinct de l’art laïc, précurseur de celui que verra naître la Contre-Réforme. Obéissant à une sorte d’autocritique, Fra Angelico relègue par exemple les scènes d’histoire et d’action, si abondamment préconisées en peinture par Leon Battista Alberti (1404 - 1472), au format minimum de la prédelle; sauf dans les fresques tardives du Vatican, exécutées pour un pape humaniste, il évite ces sujets dans les œuvres grandeur nature, qui ont au contraire une force de contemplation pour ainsi dire statique.

Jugement général

Jugement général

Un art respectueux de la vertu

Il écarte aussi les thèmes sacrés pouvant inciter à une interprétation « ad libidinem » tels que les Histoires d’Adam et Eve, l’Ivresse de Noé, les Enfers, représentés dans des peintures de vastes dimensions. Cependant, le rôle essentiel que se propose cette autocritique — sans doute sans programme clairement explicite mais née d’une intuition très cohérente — est de ne pas se laisser envelopper et absorber complètement par le système laïque et scientifique d’un art nouveau. C’est ce qui explique l’absence volontaire de tout système chez l’Angelico, son naturalisme imparfait, son refus manifeste de tout approfondissement excessif des lois de la perspective et de l’anatomie, son éloignement conscient d’une psychologie qui ne soit pas pieuse et paisible.

Fra Angelico portait son regard au delà du monde visible ; et s'il semblait renoncer en partie au réalisme de la chair ou de la nature, c'est pour mettre en valeur le réalisme spirituel ou surnaturel.

On pourrait conclure  en citant le Père Fausto Sbaffoni  qui, en 2010, résidait au couvent saint Marc de Florence : " les historiens de l'art peuvent débattre à l'infini pour savoir si Fra Angelico est gothique tardif ou un peintre de la Renaissance, c'est pour moi une perte de temps. Le bienheureux Angelico est surtout l'unique artiste qui ait su transmettre à ce point, en Occident, une spiritualité picturale, à une époque où les peintres sont libérés de l'influence byzantine, allant vers plus de réalisme. Fra Angelico fut réaliste lui aussi dans son art. Mais il y avait une différence majeure entre lui et les autres artistes : sa vie en Dieu, qui est l'âme même de son art."

La renaissance, c'est le réalisme de la chair, de la nature alors que Fra Angelico c'est le réalisme de l'esprit, du spirituel.

La ronde des Elus

La ronde des Elus

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