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Le purgatoire de saint Patrick réalité ou mythe ?

Icône de saint Patrick aux serpents

Saint Patrick (373 - 464) est l'apôtre de l'Irlande. Il est encore très vénéré et très populaire dans ce pays. L'iconographie le représente parfois à genoux devant un antre fumant. C'est une allusion au célèbre purgatoire de saint Patrick.

Qu'est-ce que le purgatoire de saint Patrick ?

Cet antre est une caverne située dans une petite île du lac Dearg, dans la province de l'Ulster. Un puits permettait de descendre dans cet antre qui était devenu un lieu d'expiation : afin de toucher le coeur de ses fidèles, saint Patrick avait fait représenter sur les murs une image des souffrances des damnés. Il se retirait souvent dans cette caverne pour pratiquer les austérités de la pénitence et méditer sur la rigueur des jugements de Dieu.

L'origine légendaire de la dévotion du purgatoire de saint Patrick

La légende raconte que saint Patrick, découragé par l'infidélité des habitants de l'Irlande qui exigeaient des miracles pour se convertir à la foi catholique, implora le secours de Dieu. Il fut exaucé. A saint Patrick Dieu montra une grotte dans laquelle celui qui y entrait, pouvait voir les souffrances des âmes du purgatoires, les tourments des âmes damnées et enfin les joies et les délices du Ciel.

Se libérer des peines du purgatoire

C'est dans cet antre que se faisait le purgatoire. Sur les bords de l'ile, il y avait de petites huttes pour recevoir les pèlerins, et à côté du puits de saint Patrick, 6 petites loges rondes d'un diamètre de 90 cm environ. Les pèlerins descendaient dans ces puits afin d'anticiper leur purgatoire dès ce monde, en y priant et en y pratiquant les austérités de la pénitence à l'imitation de saint Patrick. Par là ils pensaient éviter le purgatoire après leur mort ou au moins de l'abréger.

Livre sur les fins dernières

Réalité du purgatoire de saint Patrick

Son origine remonterait à saint Patrick lui-même, c'est-à-dire, au début du Ve s.. Quoiqu'il en soit, c'est une tradition très populaire au Moyen Âge ; selon certains nous avons la certitude que le purgatoire de saint Patrick existe au moins à partir du VIe siècle.

Dans l'ancien office de saint Patrick, il est fait allusion à ce purgatoire. Plusieurs bréviaires du XVIe siècle mentionnent cette pratique de dévotion. Bien mieux, un bréviaire parisien inséra en 1622 cet épisode.

L'ordre de Cîteaux, établi en Irlande au XIIe siècle, garda vivante cette tradition et conserva sa célébrité.

Au milieu du XVIIe siècle, on voyait encore sur des iles du lac Dearg des monastères très anciens. Sur l'une d'elles le prieur du monastère avait le titre de Prieur du purgatoire de saint Patrick. Pas très loin, il y avait une ile qui s'appelait l'ile du Purgatoire de saint Patrick. Dans cette île on voyait une chapelle avec un petit monastère gardé par un religieux. Au milieu de l'île était un antre long de 5 mètres environ, bas et étroit dans lequel on était très mal à l'aise.

Montagne dans le nord de l'Irlande

Montagne dans le nord de l'Irlande

Vicissitudes du purgatoire de saint Patrick

A la fin du XVe siècle le pape Alexandre VI (1431 - 1503), convaincu que le purgatoire n'était qu'une imposture demanda à l'archevêque d'Irlande de le démolir. Le sanctuaire fut effectivement démoli le 17 mars 1497, jour de la saint Patrick pour mieux frapper les esprits. Mais peut de temps après il fut reconstruit et sa renommée ne fit que grandir.

Les protestants s'efforcèrent de mettre fin au purgatoire et en 1632 la justice irlandaise ordonna une nouvelle fois la destruction du purgatoire. Plus tard, en 1704, un acte du parlement interdit le pèlerinage lui-même. Mais le sanctuaire subsista néanmoins et avec la fin des persécutions des protestants le pèlerinage put reprendre. Actuellement ce pèlerinage, l'un des plus exigeants, reste bien vivant et accueille 15000 visiteurs par an.

Pratique de cette dévotion

L'histoire nous a gardé la manière dont cette dévotion se pratiquait au XVIIe siècle.

Quand les pèlerins abordaient en ce lieu, munis d'une permission de l'évêque et du prieur du purgatoire, le religieux de l'île les recevait, les interrogeait ; et, lorsqu'il les trouvait bien résolus d'entrer en purgatoire, il les accueillait durant neuf jours dans le lieu susdit. On ne leur donnait pour chambre qu'une des petites loges rondes, décrites plus haut, qui entouraient le puits : on les appelait des lits, lits bien mal commodes où il n'était pas possible de se coucher. On ne sortait de là que trois fois par jour pour aller à la chapelle. Durant huit jours, nulle autre nourriture qu'un peu de pain et d'eau ; le neuvième jour on ne prenait rien. Le religieux menait en cet état le pénitent à la caverne et la fermait à clé pour ne la rouvrir qu'au bout de 24 heures pendant lesquelles le pénitent faisait son purgatoire.

Légende ou réalité ?

Le pèlerinage et le sanctuaire ne sont pas une légende puisque leur existence est rigoureusement attestée. Mais on peut se demander avec raison si certains faits ne sont pas légendaires.

Il n'est pas du tout prouvé que saint Patrick soit venu dans cette île, et qu'il soit aussi à l'origine de ce pèlerinage. La suppression par Alexandre VI semble corroborer le côté légendaire de ce pèlerinage ; mais en fin de compte on peut se demander pour quelles raisons ce pape a voulu la suppression du purgatoire de saint Patrick.

Icône de saint Patrick

Essai d'explication

D'après ce qui a été dit plus haut, on peut raisonnablement penser qu'Alexandre VI a voulu faire arrêter cette imposture que l'on pouvait voir l'enfer, le purgatoire et le ciel quand on descendait dans l'antre du purgatoire. Il est possible qu'à l'origine cela n'ait jamais été affirmé, mais on peut supposer que certains pénitents ou religieux, par un zèle, aient eu l'idée de peindre sur les parois du puits une représentation des peines de l'enfer ou du purgatoire pour augmenter la contrition et la ferveur des pèlerins. A partir de là un bruit déformé s'est répandu en quoi on voyait réellement les peines des damnés de l'enfer.

Remise des peines du purgatoire

Il y a un autre point qui mérite d'être discuter, c'est l'affirmation que les peines du purgatoire sont remises aux fervents pèlerins. Une telle affirmation, bien comprise, n'offre pas de difficultés.

Il n'est pas invraisemblable que saint Patrick ait pu recevoir par révélation divine, la promesse que les chrétiens qui passeront quelques jours à faire pénitence dans ce lieu auront leur peine du purgatoire entièrement remise. Cela ne serait qu'une indulgence plénière avant la lettre. Il n'est pas nécessaire de faire appel au miracle pour expliquer cela, car vu la générosité que demande la pratique de la dévotion du purgatoire de saint Patrick, il parait raisonnable que, pour les âmes ferventes, cet exercice remette la dette due aux péchés.

Déjà le purgatoire au temps de saint Patrick ?

Mais il reste une dernière difficulté qui a son importance : au temps de saint Patrick la doctrine du purgatoire était peu connue. Comment dans une région si éloignée des centres intellectuels catholiques, une telle doctrine ait pu se répandre ? N'y aurait-il pas eu une certaine confusion ? Une certaine relecture des faits de la vie de saint Patrick selon une mentalité du XIIe ou XIIIe s, date à laquelle nous avons les premiers témoignages écrits sur le purgatoire de saint Patrick ? Nous essaierons de répondre à cette question dans un article futur.

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