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Que penser du privilège de l'Immaculée Conception en faveur de saint Joseph ?

Publié le : - Catégories : Saint Joseph , Spiritualité - doctrine , Tous les articles

Statue de saint Joseph

L'année consacrée à saint Joseph par le Pape François suscite dans le peuple chrétien de nombreuses réflexions. Ainsi dans un hebdomadaire catholique, l'auteur d'un article se pose la question suivante : saint Joseph est-il né préservé du péché origine, à l'instar de la Vierge Marie ? Après avoir exposé les arguments pour et contre, il semble conclure que la question reste ouverte et qu'il serait  intéressant de reprendre ce dossier à frais nouveaux. Que faut-il penser de cette conclusion ?

L'Immaculée Conception de saint Joseph et les théologiens

A la différence de la sainte Vierge, pour qui ce privilège de l'Immaculée Conception repose sur des témoignages très anciens de la plus haute antiquité, il faut attendre seulement le XVe et XVIe pour voir des auteurs anonymes proposer un privilège semblable en faveur de saint Joseph. Au XVIIe le P. J. Reiss reconnaissait une certaine probabilité, en termes très prudents, à l'Immaculée Conception de saint Joseph. Mais ces termes ne le furent pas encore assez car son livre fut mis à l'index en 1661. En 1906 le P. Corbato publia un opuscule, mis aussi à l'index, dans lequel il défendait aussi ce privilège pour saint Joseph.

En bref la quasi-unanimité de théologiens qui ont considéré cette attribution à saint Joseph ont émis une opinion défavorable ; plus nombreux encore sont ceux qui ne prennent pas au sérieux une telle éventualité et gardent le silence à ce sujet.

Pour un catholique, aussi respectable que soit la position des théologiens, ce qui compte avant tout, ce sont les déclarations du magistère. Celui-ci n'a jamais abordé explicitement l'éventuelle Immaculée Conception de saint Joseph, mais ses interventions à propos du péché originel et du dogme de l'Immaculée Conception de la Vierge Marie éclaire cette question.

Le péché originel, l'Immaculée Conception et le concile de Trente

Ce concile, en définissant le dogme du péché originel, affirme son universalité tout en faisant une exception pour la sainte Vierge. Par conséquent nous ne pouvons pas admettre le privilège de l'Immaculée Conception pour saint Joseph.  Voici le texte :

"Si quelqu'un affirme que la prévarication d'Adam n'a nui qu'à lui seul et non à sa descendance, et qu'il a perdu la sainteté et la justice reçues de Dieu pour lui seul et non aussi pour nous, ou que, souillé par le péché de désobéissance, il n'a transmis que la mort et les punitions du corps à tout le genre humain, mais non pas le péché, qui est la mort de l'âme : qu'il soit anathème, puisqu'il est en contradiction avec l'Apôtre qui dit: "Par un seul homme, le péché est entré dans le monde, et par le péché, la mort et ainsi la mort a passé dans tous les hommes, tous ayant péché en lui" Rm 5,12 372 . (Dz 1512)

Un peu plus loin, le même concile parle de la sainte Vierge en ces termes :

"Cependant ce même saint concile déclare qu'il n'est pas dans son intention de comprendre dans ce décret, où il est traité du péché originel, la bienheureuse et immaculée Vierge Marie, Mère de Dieu, mais que l'on doit observer les constitutions du pape Sixte IV, d'heureuse mémoire, sous la menace des peines qui y sont contenues et il les renouvelle." (DZ 1516)

Statue de l'Immaculée Conception

L'expression "Privilège singulier" de la bulle Ineffabilis

En définissant le dogme de l'Immaculée Conception dans la bulle Ineffabilis du 8 décembre 1854, le bienheureux Pie parle de prérogative ou privilège "singulier" en faveur de la sainte Vierge. Ce mot singulier est-il à comprendre dans le sens de "unique" définissant ainsi l'unicité de ce privilège ou doit-il être pris dans un sens large qui signifie "spécial" ? Il faut reconnaître que l'examen des actes du concile n'impose pas expressément comme vérité de foi le caractère unique de l'Immaculée Conception de Marie.

Cependant, même si ce mot singulier est ambigu, pour certains théologiens cette ambiguïté n'est qu'apparente, car du Concile de Trente (d'après le texte que nous avons cité) se déduit clairement que saint Joseph est né avec le péché originel : tous les êtres humains sont atteints par le péché originel (sauf la sainte vierge), or saint Joseph fait partie des êtres humains, donc il a été touché par le péché originel. Que tous les hommes soient nés avec le péché originel est un dogme de foi, par conséquent la proposition que saint Joseph a été conçu avec le péché originel est une doctrine certaine dont il est téméraire de s'écarter.

Il est possible aussi que la bulle Ineffabilis n'a pas jugé bon de préciser davantage dans la mesure où le concile de Trente avait déjà été clair là-dessus.

Si ce mot singulier laisse un léger doute sur l'unicité de ce privilège, le magistère postérieur, surtout avec saint Pie X et le vénérable Pie XII, va plutôt dans le sens de privilège unique accordé à nul autre.

Le pape saint Pie X

Saint Pie X et le dogme de l'Immaculée Conception

Le 2 février 1904 Saint Pie X publia la lettre encyclique Ad diem illum pour le cinquantième anniversaire de la définition de l'Immaculée Conception. Dans ce texte Saint Pie X s'approprie cette pensée de Denys le Chartreux : "Nous avons en horreur de dire de cette femme que, devant écraser un jour la tête du serpent, elle ait jamais été écrasée par lui, et que, mère de Dieu, elle ait jamais été fille du démon" ; et saint Pie X de commenter : "Non l'intelligence chrétienne ne pouvait se faire à cette idée que la chair du Christ, sainte, sans tache et innocente, eût pris origine au sein de Marie, d'une chair ayant jamais, ne fût-ce que pour un rapide instant, contracté quelque souillure."

Quelques lignes après, il énonce la raison fondamentale de cette prérogative : 

"Si la Vierge a été affranchie de la tache originelle, c'est parce qu'elle devait être la Mère de Christ."

Le pape Pie XII

Le vénérable Pie XII et le dogme de l'Immaculée Conception

Ce saint pape a eu la joie de présider les fêtes en l'honneur du centième anniversaire de la définition de ce dogme. En préparation de cet événement il publia le 8 septembre 1853 la lettre encyclique "Fulgens Corona". Dans ce document nous pouvons lire le même enseignement : "Au surplus, ce privilège unique, accordé à nul autre, elle l'obtint de Dieu au titre de son élévation à la dignité de Mère de Dieu."

Ces quelques citations montrent clairement que les raisons de ce privilège ne se vérifient qu'en Marie, qu'elle fut l'unique créature préservée du péché originel ; par conséquent le terme "singulier" de la bulle Ineffabillis doit se comprendre dans le sens de unique.

A la lecture de ces documents du Magistère, il est clair que saint Joseph, à l'instar de toute créature humaine (sauf la sainte Vierge), a contracté le péché originel ; que la sainte Vierge en soit seule préservée est une doctrine certaine qui pourrait un jour être définie de foi, car c'est une vérité particulière contenue dans une proposition universelle déjà définie comme une vérité de foi au concile de Trente selon ce que nous avons rappelé plus haut.

L'auteur pour rouvrir la discussion sur ce sujet avance deux raisons très discutables :

- "le développement du dogme ayant progressé depuis les années 1950", mais n'oublions pas que ce progrès pour qu'il soit vraiment légitime doit être in eodem sensu, c'est-à-dire, en continuité doctrinale avec le passé.

- "l'expression 'Immaculée Conception de saint Joseph' s'est rapidement répandue dans le peuple de Dieu", mais une telle constatation est bien insuffisante pour remettre en cause un enseignement certain du Magistère ; c'est même une attitude plus que téméraire. De plus, cette expression est-elle vraiment si répandue qu'on veut nous le faire croire ? Enfin, en raison de la crise de la foi que nous vivons, nous avons des croyances contraires à la foi très répandues dans le peuple chrétien, comme l'option finale après la mort par exemple. Ainsi il ne faut jamais envisager la foi du peuple de Dieu sans référence au Magistère.

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