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Le Triomphe plénier du culte du Sacré-Coeur de Jésus

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Triptyque du Sacré-Coeur

Dans un précédent article nous avons raconté la reconnaissance officielle de la dévotion au Sacré-Coeur de Jésus par un décret romain du 26 janvier 1765. Ce document concède l'office du Sacré-Coeur et la célébration de la messe au Royaume de Pologne et à l'archiconfrérie du Sacré-Coeur de Jésus. C'est une victoire due en partie au zèle des Jésuites. Mais il reste encore une étape à franchir : l'inscription de la fête du Sacré-Coeur au calendrier pour toute l'Eglise universelle, afin de répondre pleinement à la demande du Christ faite à sainte Marguerite-Marie en 1678.

Persécution contre les jésuites

Si les jésuites se réjouissent de cette première victoire, leurs adversaires leur font payer cher en les attaquant de toute part.

Ces attaques viennent en partie d'ecclésiastiques, et la polémique suscite des écrits de part et d'autre. Les adversaires reprochent aux défenseurs de la dévotion au Coeur de Jésus une grossière idolâtrie, l'adoration du Coeur de chair isolé de la personne divine.

Le Pape Pie VI va répondre à toutes ces attaques en accordant à la Pologne un nouvel office où l'invitatoire de Matines est : "Venez, adorons le Coeur de Jésus, victime d'amour".

Cette opposition au culte du Sacré-Coeur n'est pas seulement une histoire de dévotion privée. A l'arrière plan il y a le drame politico-religieux de la suppression de la compagnie de Jésus. Les opposants au culte du Sacré-Coeur sont aussi les adversaires des Jésuites, comme les Gallicans, les Jansénistes et évidemment les libertins, philosophes et libres penseurs. Leurs gazettes n'hésitent pas à identifier dévots au  Sacré-Coeur et Jésuites, selon : "Tous les Jésuites sont cordicoles, et tous les cordicoles sont Jésuites".

Saint Ignace, fondateur de la Compagnie de Jésus

Saint Ignace, fondateur de la Compagnie de Jésus

Suppression de la compagnie de Jésus

Le 21 juillet 1773 Clémente XIV signe le décret qui supprime la Compagnie de Jésus. Qu'adviendra-t-il de la dévotion au Sacré-Coeur puisque les Jésuites étaient les plus ardents propagateurs de la dévotion au Sacré-Coeur de Jésus ?

Si l'ordre des Jésuites n'existe plus, sauf en Russie blanche, les ancien Jésuites sont toujours vivants. Les critiques et persécutions qui viennent de partout ne les empêchent pas de garder haut le flambeaux de la dévotion au Sacré-Coeur et de travailler à son développement au milieu d'oppositions plus virulentes tant de la part de certains gouvernements civils que de certains ecclésiastiques, comme l'évêque de Pistoie Mgr Ricci.

Le concile de Pistoie et la dévotion au Coeur sacré de Jésus

Les opposants au culte du Sacré-Coeur reprochent aux dévots d'adorer le coeur de chair de Jésus ; mais c'est faire preuve d'une certaine mauvaise foi, puisque à mainte reprise les défenseurs de ce culte ont affirmé que Rome permis d'adorer le Coeur symbolique,c'est-à-dire, l'amour de Jésus pour les hommes. Procédé classique : on déforme la vérité pour la rendre odieuse.

La lutte contre le culte du Sacré-Coeur va trouver son point culminant avec le concile national de Pistoie (1787) en Toscane, réuni par le grand duc Léopold, frère de l'empereur d'Autriche Joseph II. Dans ce concile les propositions les plus radicales des Jansénistes sont admises d'emblée et bien entendu le culte du Sacré-Coeur est ridiculisé, condamné ; pour terminer on demande au grand duc de réformer l'Eglise. En cette fin du XVIIIe s. le culte du Sacré-Coeur est vraiment un signe de contradiction et qui révèle les pensées de bien des coeurs pour reprendre une phrase du saint vieillard Siméon (cf. Luc II, 34, 35).

Sacré-Coeur bénissant

Condamnation du concile de Pistoie

Ce concile est condamné par le pape Pie VI le 28 août 1794 par la bulle Auctorem fidei dans laquelle trois des propositions condamnées se rapportent à la dévotion au Coeur de Jésus. Il est intéressant d'en citer quelques passages, car cette bulle rappelle des points essentiels de la dévotion au Sacré-Coeur :

Selon les Jansénistes et autres adversaires de la dévotion au Sacré-Coeur "adorer  l'humanité du Christ et surtout une partie de cette humanité, c'est toujours rendre à la créature un honneur dû à Dieu seul", mais en vérité le culte d'adoration que les fidèles rendent à l'humanité du Christ et à la chair vivante du Christ ne s'arrête pas à cette chair vivante considérée isolément, mais en tant qu'elle est unie à la divinité.

Comment comprendre l'adoration due au Coeur de Jésus ?

Dans la troisième proposition condamnée, Pie VI revient sur la manière dont le coeur de Jésus est adoré : les fidèles n'adorent pas le coeur de Jésus, séparé ou isolé de la divinité ; ils l'adorent au contraire, comme Coeur de Jésus, c'est-à-dire,  comme le Coeur de la personne du Verbe à laquelle il est inséparablement uni ; ainsi, le Corps du Christ inanimé, pendant les trois jours de sa mort, fut adorable dans le sépulcre, sans séparation de la divinité, sans précision aucune (sans le considérer à part).

Cette bulle ne dit rien de nouveau mais rappelle la doctrine du décret de 1765.

Désormais seule une évidente mauvaise foi pourra prétendre que la dévotion approuvée par Rome, n'atteint pas le coeur de chair de Jésus : ce n'est pas son objet unique, mais c'est son objet.

Ainsi, cette bulle de Pie VI est un peu une nouvelle reconnaissance officielle du culte du Sacré-Coeur, et cela en pleine tourmente révolutionnaire qui secoue toute l'Europe. Mais il faudra attendre le nouveau printemps de l'Eglise catholique au XIXe s. pour le triomphe plénier du culte du Sacré-Coeur.

Plaque porte du Sacré Coeur

Après la tourmente révolutionnaire

Avec le début du XIXe s. où commence un renouveau pour l'Eglise les associations se multiplient, de nouvelles congrégations apparaissent et se mettent sous la protection du Sacré-Coeur :

- la congrégation des sacrés Coeurs et de l'Adoration perpétuelle,

- La société des Pères du Sacré-Coeur,

- Les dames du Sacré-Coeur de sainte Sophie Barat.

De toute part des initiatives en faveur du Sacré-Coeur voient le jour : publications, pratiques de piété, sermons des prédicateurs, mois du Sacré-Coeur.

Un fait est très révélateur de la perte d'influence des opposants : en 1824 la cause de la vénérable soeur Marguerite-Marie, abandonnée depuis un siècle est reprise.

Ainsi, avec les années qui passent les adversaires de la dévotion au Sacré-Coeur, à mesure qu'ils deviennent de moins en moins en nombreux, perdent de leur arrogance, de leur influence.

Vers le triomphe plénier du culte au Sacré-Coeur

Dès lors l'action n'est plus à la défense, à la justification de ce culte, mais à établir la victoire complète de la dévotion au Sacré-Coeur. En 1856, Mgr de Marguerye, évêque d'Autin, invite ses collègues de France à faire parvenir au Souverain Pontife une adresse pour obtenir l'extension de la fête du Coeur de Jésus à l'Eglise universelle et la prompte béatification de la vierge de Paray. Tout s'accélère :

- un décret du 23 août 1856, Urbi et Orbi, avait ordonné de célébrer la fête du Sacré-Coeur, sous le rite double majeur le vendredi après l'octave du Saint-Sacrement, selon la demande de Jésus faite à sainte Marguerite-Marie.

- le 18 septembre 1864 Marguerite-Marie Alacoque est solennellement proclamée bienheureuse.

Statuts du Sacré-Coeur, bras ouvert

La dévotion au Coeur de Jésus, une dévotion universelle

Il serait fastidieux de citer toutes les nouvelles initiatives en faveur du Sacré-Coeur : érections de Confréries, inauguration de statues, d'autels, d'églises dédiées au Sacré-Coeur, instituts, congrégations fondées sous son vocable, collèges, pensionnats, écoles, asiles, orphelinats abrités sous son nom, etc...

Sous le souffle de l'Esprit-Saint, la dévotion au Sacré Coeur tend à devenir le centre de la vie chrétienne catholique, non seulement individuelle, mais nationale. Pensons à la république de l'Equateur consacrée solennellement au Coeur de Jésus par Garcia Moreno, les hommages solennels du roi d'Espagne, le Voeu national de Montmartre, les pèlerinages à Paray-le-Monial.

Les derniers triomphes du Culte du Coeur de Jésus

Si la fête du Sacré-Coeur est devenue une fête de l'Eglise universelle, on peut encore aller plus loin. Léon XIII, le 28 juin 1889, pour répondre à des suppliques de fidèles, de prêtres et d'évêques, l'élève au rite double de première classe, sans octave.

Les faveurs envers le culte du Sacré-Coeur ne sont pas encore finies :

- le 11 juin 1899 Léon consacre le monde entier au Coeur de Jésus ;

- le 22 août 1906 saint Pie X ordonne que cette consécration soit renouvelée chaque année ;

- en 1920 la bienheureuse Marguerite-Marie Alacoque est canonisée, et en 1924 un autre grand dévot au Sacré-Coeur saint Jean Eudes ;

- Pie XI, par l'Encyclique Quas Primas, ordonne que dans toute l'Eglise et le jour de la fête du Christ-Roi, on renouvelle la consécration solennelle du genre humain au Sacré-Coeur ;

- le 8 mai 1928 la fête du Vendredi après l'octave du Saint-Sacrement est élevée au rang de double de première classe avec octave ;

- le 21 janvier 1929 elle est élevée au double de première classe avec octave privilégiée. Son octave est du même rang que l'octave de Noël et de l'Ascension.

Ce triomphe du Sacré-Coeur montre que cette dévotion doit être chère au coeur de tout catholique. La France qui a eu le privilège de compter parmi ses enfants saint Jean Eudes, saint Marguerite-Marie Alacoque, Mme Royer, la Mère Adèle Garnier, de posséder de hauts lieux de la spiritualité du Sacré-Coeur avec Paray-le-Monial et le Sacré-Coeur de Montmartre, devrait avoir à coeur d'être la nation la plus zélée à honorer ce divin Coeur.

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