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L'immaculée conception de saint Joseph face à la raison théologique

Dans un premier article consacré à l'éventuel privilège de la conception immaculée de saint Joseph, nous avons examiné les différents documents du magistère. Après cette analyse, on peut dire que la cause est entendue : seule la sainte Vierge a joui de ce privilège.

Il parait donc superflu de s'arrêter aux arguments rationnels avancés en faveur de l'immaculée conception de saint Joseph. Pourtant un tel travail n'est pas inutile car cela nous aidera à mieux comprendre la position du magistère de l'Eglise catholique.

Jésus, Marie et Joseph : Nativité

La similitude entre Marie et Joseph

Le principal argument avancé en faveur de l'immaculée conception de saint Joseph s'appuie sur la similitude des époux dans l'ordre de la grâce et de la sainteté. On serait tenté de dire que pour une épouse immaculée il faut un époux immaculé ; de plus la mission commune à laquelle Dieu les appelle demande une similitude de grâces et de dons pour remplir la tâche à eux confiée : subvenir aux besoins de Jésus et lui assurer une famille humaine, avec un père et une mère qui accomplissent totalement leur rôle auprès de Jésus.

Mais pour une telle mission, est-ce qu'une similitude en toute chose est requise ? N'y aurait-il pas quelques différences qui justifieraient une disparité de grâces ?

Marie et Joseph sanctifiés dès le sein maternel

Le pieux Gerson, dans un sermon prêché le jour de la fête de la Nativité de la glorieuse Vierge Marie, le 8 septembre 1416, en présence des Pères du Concile de Constance, établit une profonde similitude entre Marie et Joseph au point que saint Joseph, à l'instar de Marie son épouse, aurait été sanctifié dès le sein de sa mère. A partir de là on serait tenté d'affirmer l'immaculée conception de saint Joseph. Mais Gerson ne manque pas de noter un différence fondamental : Marie a été sanctifié à un tel point qu'elle échappa à la loi générale du péché originel : elle en fut préservée. Il se garde bien d'affirmer un tel privilège en faveur de saint Joseph. Par conséquent on ne peut pas faire appel à l'autorité de Gerson pour l'attribution de ce privilège à saint Joseph. De plus on ne voit pas comment la sanctification dès le sein de la mère entraine nécessairement la conception immaculée.

Ainsi cette similitude entre la mission de Marie et de Joseph n'est pas totale et comporte des disparités importantes.

Icône des 7 douleurs et allégresses de saint Joseph

Saint Joseph, père adoptif de Jésus.

Marie est vraiment Mère de Jésus selon la chair, et à ce titre là, elle peut être appelée vraiment et réellement Mère de Dieu car elle est le Fils d'un homme qui est Dieu, la deuxième personne de la sainte trinité. C'est l'enseignement de l'Eglise qui a été défini en 431 au concile d'Ephèse : Marie la Théotokos. Par contre, saint Joseph n'a aucune part dans la conception de Jésus ; il a simplement été choisi par Dieu pour assurer le rôle de père nourricier et éducateur auprès de Jésus et chef de la sainte Famille.

Pour autant cette paternité de saint Joseph n'est pas simplement légale, mais le choix de Dieu manifesté en songe à saint Joseph par l'ange, crée en lui toute une affectivité paternelle envers Jésus. Saint Joseph se sentait réellement père ; il a réellement un coeur de père pour le Fils de Marie ; Jésus était son enfant même s'il n'était pas le père biologique pour prendre une expression à la mode. De plus cette paternité adoptive de Joseph a quelque chose d'unique qui le met au-dessus de tout autre père adoptif.

L'originalité de la paternité de saint Joseph

Voyons comment cette paternité de saint Joseph à quelque chose de spécial qui mérite d'être noté.

"Saint Joseph, dit saint Augustin, est l'époux de Marie sans aucun commerce charnel, par le seul lien du mariage. Et par suite, il est aussi le père du Christ d'une façon beaucoup plus intime que s'il avait adopté un enfant conçu en dehors de son mariage, car Jésus est né de son épouse."

Et Théodoret (vers 450) donne ce témoignage : "Tout ce qui est engendré par une femme sans fornication appartient nécessairement à l'époux et à l'épouse, peu importe le procédé par lequel Dieu a voulu donner un fils à l'époux, que ce soit au moyen de l'acte conjugal ou sans lui."

Cette paternité singulière de Joseph répond à la maternité singulière de Marie, mais la différence est telle que l'apparente similitude qu'on apercevait s'évanouit.

La Maternité de Marie, la paternité de saint Joseph

Justement, du fait que Marie est la Mère de Jésus selon la chair, que la nature humaine de Jésus a été formée à partir du goute du sang très pur de Marie et que son sein a été le premier tabernacle, on comprend très bien que la dignité de la Mère de Dieu selon la chair exige ce privilège de l'Immaculée Conception de Marie. Quel réceptacle serait assez pur pour recevoir la deuxième personne de la sainte Trinité ? Ce privilège de l'immaculée conception n'est pas quelque chose de purement négatif, comme si Marie était seulement préservée du péché originel. Cela va beaucoup plus loin. Comme l'âme de Marie était absolument immaculée, Dieu a pu la combler de biens et de grâces immenses et en surabondance d'une manière inimaginable : "Je vous salue, Marie, pleine de grâces" ! De cette manière Dieu a pu préparer pour son fils une demeure aussi digne que possible dans l'âme de Marie, préparée par Dieu lui-même.

Par contre le cas est bien différent pour Joseph, la nature humaine de Jésus n'a pas été formée à partir de la semence de saint Joseph. Son statut de Père putatif, suppose bien évidemment une grande sainteté de la part de saint Joseph, mais cela nécessite pas le même privilège octroyé à Marie.

Cette principale différence est fondamentale et suffit à justifier que seule la Mère de Dieu a été Immaculée conception.

Joseph et Jésus enfant

Saint Joseph et la Passion de Jésus

Selon la tradition saint Joseph est mort quelque temps avant le début de la vie publique de Jésus ; par conséquent il n'a pas participé à la Passion de son Fils. Il y a bien saint Ambroise qui affirme que saint Joseph était au pied de la croix car il identifie saint Joseph d'Arimathie avec saint Joseph, l'époux de Marie, sous prétexte que les deux Joseph sont appelés "Juste" dans l'Evangile. Mais cette opinion n'a été reprise par personne.

Ainsi nous avons là aussi une différence importante entre Joseph et Marie puisque La mission de saint Joseph s'arrête avant la vie publique de Jésus tandis que celle de Marie va jusqu'au pied de la croix en tant que corédemptrice, et continue après la résurrection et la Pentecôte avec l'Eglise naissante.

La prédestination de saint Joseph

Pour certains théologiens, comme le P. Garrigou-Lagrange, la prédestination de saint Joseph est inséparable de celle de Jésus et de Marie et ne se distingue pas du décret de l'Incarnation réalisée concrètement. C'est la même grâce qui cause à la fois la grâce d'union (deux natures, humaine et divine unies dans la personne du Fils de Dieu), et le caractère de la Maternité divine, et le caractère participé de Joseph. De même que Marie reçoit l'Esprit du Père pour aimer le Fils comme une Mère de Dieu, de même Joseph, selon son caractère paternel, reçoit l'Esprit du Père pour aimer Jésus comme son Fils divin. De cette unique décret, de cette unique grâce ne découle pas des effets identiques ; entre Jésus et Marie, c'est bien évident ; mais aussi entre Marie et Joseph. Ce décret ne signifie pas une égalité de grâces dans les termes Jésus, Marie et Joseph. La coopération de saint Joseph à l'union hypostatique est extrinsèque, morale, et médiate (par Marie), alors que pour la sainte Vierge elle est intrinsèque, physique et immédiate. Ce n'est pas d'après cette source unique qu'il faut juger de la grâce reçue, mais d'après la mission à remplir dans ce mystère de l'incarnation et de ces suites.

La sainte Famille

L'Immaculée Conception de Marie, un privilège unique

Arès ces quelques réflexions, il est clair que les quelques similitudes qui peuvent se remarquer entre Joseph et Marie ne permettent en aucune manière d'affirmer le privilège de l'immaculée conception en faveur de saint Joseph. Le rapport étroit entre Marie et Joseph ne supprime pas l'inégalité entre les deux époux ; la paternité adoptive de Joseph, Même si elle est supérieure à l'adoption humaine, restera toujours bien inférieure en dignité et en nécessité de sainteté à la Maternité divine de Marie qui postule le privilège de l'Immaculé Conception lequel est vraiment singulier dans le sens de unique.

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