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Les débuts de l'Histoire d'une Ame de ste Thérèse de l'Enfant-Jésus

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Sainte Thérèse de l'Enfant-JésusPressentiments de sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus

Le 30 septembre 1897 mourait à Lisieux dans un pauvre Carmel une humble religieuse, inconnue du monde. Quelques années après, sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus était connue dans  toute la France et même au-delà. La petite Thérèse de Lisieux avait entrevue cette gloire posthume comme et l'avait exprimée à sa "Petite Mère", Mère Agnès de Jésus :

« Ma Mère, après ma mort, il ne faudra parler à personne de mon manuscrit avant qu’il soit publié, d’accord avec Notre Mère. Si vous faites autrement, le démon vous tendra plus d’un piège pour empêcher et gâter l’œuvre du bon Dieu... une œuvre bien importante. » (1er août 1897)

Et toujours sur son lit de mort, parcourant cet humble cahier où elle avait consigné, par obéissance, ses pensées intimes et ses souvenirs, elle avouait, les larmes aux yeux :

« Ce que je relis dans ce cahier, c’est si bien mon âme. Ma Mère, ces pages feront beaucoup de bien. On connaîtra mieux ensuite la douceur du bon Dieu... » Et elle poursuivit, d’un ton inspiré :

« Ah ! je le sens bien; tout le monde m’aimera... »

Mère Agnès de Jésus

Mère Agnès de Jésus

Mais comment une telle renommée a pu se répandre si rapidement ?

Dans les couvents de Carmélites, à la mort d'une religieuse, la coutume est d'envoyer aux autres couvents une notice nécrologique qui retrace la vie et les vertus de la défunte. Pour sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus le travail était relativement facile à réaliser, puisque la sainte, par obéissance, avait rédigé le récit de sa vie. Il suffisait donc de l'imprimer ; cette tâche ne devait pas rencontrer trop d'obstacles puisque la Prieure du moment, Mère Marie de Gonzague, et Mère Agnès de Jésus, soeur de la sainte, avaient entrevue la valeur spirituelle des écrits de sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus. Mais il fallait s'assurer de la rectitude doctrinale et l'officialiser par l'imprimatur.

Les écrits de sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus entre les mains d'un théologien

Dès le mois d’octobre 1897, c’est-à-dire quelques semaines après la mort de la sainte Carmélite, la Mère Marie de Gonzague voulut prendre l’avis d’un docte et pieux religieux, ami du Carmel, sur l’opportunité de publier le manuscrit et sur sa richesse doctrinale. Elle écrivit donc à peu près en ces termes au Révérend Père Godefroy-Madelaine, Prieur des Prémontrés de l’Abbaye de Mondaye (Calvados), qui avait, de plus, prêché deux retraites aux Carmélites, du vivant de sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus :

« Comme vous le savez, mon Père, notre Ange s’est envolé vers les Cieux; mais en quittant la terre, elle nous a laissé quelques plumes de ses ailes, je veux dire un manuscrit précieux où, sur l’ordre de sa Supérieure, elle a relaté les faits principaux de son trop court pèlerinage. Voulez-vous parcourir ce manuscrit et, après-l’avoir examiné, nous donner votre impression, et nous dire très simplement ce que vous en pensez. »

Statue de sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus assise

Un crayon bleu pour censurer sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus

De son propre aveu, ainsi qu’il l’a consigné dans ses Souvenirs, le Révérend Père fut fort impressionné dès la première lecture. Il en écrivait à Lisieux, le 1er mars 1898 :

« ...Enfin j’ai lu tout le manuscrit. Néanmoins, je le garde encore, car je tiens à le relire; et c’est alors seulement que je marquerai au crayon bleu ce que je croirai devoir être omis pour l'impression.

« Tout, absolument tout est précieux pour vous dans ce manuscrit; mais pour le public, il y a des détails si intimes, si élevés au-dessus du niveau commun qu’il vaut mieux, je crois, ne pas les faire imprimer. Voilà la part de la critique, mais, ma bonne Mère, je ne saurais vous dire avec quel plaisir, avec quel goût spirituel j’ai lu ces pages tout embaumées des parfums de l'Amour divin. »

Sainte Thérèse au Lys

L'imprimatur de l'évêque de Lisieux : le « cap de Bonne Espérance »

Le 8 mars, le R. P. Godefroy annonçait, joyeux, au Carmel  :

« Vous pouvez être tranquille au sujet de l'imprimatur; nous l’avons. Hier, je vis Monseigneur, et, sur mon rapport, il voulut bien nous le donner très gracieusement. Que Dieu soit béni ! »

Sur cet octroi de l’autorisation épiscopale, le vénéré Père a laissé dans ses Souvenirs quelques précisions assez piquantes :

« Mgr Hugonin était un savant et saint Pontife, mais il n’avait point la réputation d’être un mystique, et l’on pouvait redouter de sa part un refus formel ou, du moins, de sérieuses objections. Que faire « pour franchir ce cap des tempêtes » ? La Mère Prieure me demanda instamment d’entreprendre à cet effet les démarches nécessaires. Peu de temps après, la Providence me fournit l’occasion de rencontrer Sa Grandeur. Je m’armai de courage et, devant Elle, je prononçai le nom de Sœur Thérèse de l’Enfant-Jésus. Mgr Hugonin ne l’avait pas mis en oubli. « Ah ! oui, me dit-il, c’était une bien belle âme. Et je me souviens encore de la visite qu’elle me fit pour me demander d’entrer au Carmel malgré son jeune âge. » Il semblait que Monseigneur m’entr’ouvrait la porte qui allait me permettre de lui présenter ma demande. J’insistai donc et je lui dis : « La chère Sœur, en mourant, a laissé un manuscrit qu’elle avait composé par obéissance et où elle raconte, avec une aimable simplicité, les

principaux détails de sa vie de famille et de sa vie au Carmel. » La réponse de Monseigneur fut moins qu’encourageante : « Mon bon Père, me dit-il, il convient de se défier de l’imagination des femmes ! — Je l’avoue, Monseigneur, mais après avoir relu trois fois le manuscrit, j’ose vous assurer qu’il renferme des beautés de premier ordre. — Puisque vous le croyez, mon Père, faites-moi un rapport. »

« C’était une première victoire, et le cap des tempêtes allait devenir le « cap de Bonne Espérance ». Sans tarder, je me mis à l’œuvre et je rédigeai le rapport demandé. Quelques jours après, j’allais le présenter à Monseigneur. Après en avoir lu les premières lignes, Sa Grandeur le signa aussitôt, sans la moindre observation. L'imprimatur attendu avec tant d’impatience était obtenu sans effort; c’était le 7 mars 1898. »

Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus et ses parents

le crayon bleu n’a pas eu le courage de biffer.

Le 17 mars suivant, le Révérend Père Godefroy-Madelaine écrivait de nouveau au Carmel :

« ...Je relis le cher manuscrit, et, chose étonnante, le crayon bleu ne marque presque rien; il y a là des pages si chaudes, si vivantes, si suggestives, qu’il est presque impossible de n’en être pas saisi. Je bénis Dieu d’être le premier pris à ce piège salutaire. »

En retournant peu après le cahier précieux à Lisieux, le censeur confirmait :

« J’ai tout revu avec soin et mon admiration redouble; le crayon bleu n’a pas eu le courage de biffer. »

le Parrain de l’Histoire d’une Ame

Mais les pages si élevées de la Sainte se présentaient sans titre ni point de repère, et sur le conseil du Père, le Carmel en étudia avec lui les subdivisions en chapitres et les sommaires à mettre en tête de chacun. On hésitait sur le titre à donner au volume, et ce fut le Prieur de Mondaye qui proposa celui d’Histoire d’une Ame. Aussi, les Carmélites se complaisaient-elles à le nommer: « le Parrain de l’Histoire d’une Ame. »

Celui-ci accepta encore de donner une lettre de présentation de l’œuvre.

L’édition fut confiée à l’Imprimerie Saint-Paul, de Bar-le-Duc, et le livre sortit de presse au premier anniversaire du départ pour le Ciel de sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus ; il fut envoyé, dès le mois d’octobre 1898, aux monastères des Carmélites de France et de l’Etranger. Rappelons que l'oncle Guérin fut le mécène sans lequel l'Histoire d'une âme n'aurait pas pu être imprimé. Mais Mère Agnès de Jésus s'inquiétait un peu, car elle se demandait si les 2000 exemplaires de la première édition allaient vraiment se vendre. Elle sera vite rassurée comme nous le verrons dans un prochain article.   

L'histoire d'une Ame  - édition 1940

L'histoire d'une Ame  - édition 1940

                                                                                            

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