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La résurrection de saint Joseph, peut-elle devenir un dogme de foi ?

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Statue de saint Joseph Eglise

Dans un article précédent consacré à saint Joseph, nous nous demandions si la résurrection et assomption de saint Joseph pouvait être définie un jour par l'Eglise comme dogme de foi.

Sans vouloir se mettre à la place du Magistère, on peut se demander sur quels fondements ce dogme pourrait s'appuyer. L'Eglise n'invente aucune vérité de foi du jour au lendemain mais elle scrute ce que nous dit la Révélation et la Tradition. Ainsi, avant de définir le dogme de l'Immaculée Conception, le bienheureux Pie IX s'est informé auprès de tous les évêques pour savoir quel était le sentiment de l'Eglise à travers le monde.

La résurrection et assomption de saint Joseph dans la sainte Ecriture

La principale source de la révélation est la Sainte Ecriture ;  y a-t-il donc un passage du Nouveau Testament qui permettrait d'établir la croyance en la résurrection et assomption de saint Joseph ?

Les tombeaux s'ouvrirent, et celui de saint Joseph ?

Dans l'Evangile de saint Matthieu, au verset 53 du chapitre XXVII, nous pouvons lire ce passage mystérieux : 

"Et voilà que le voile du Sanctuaire se déchira en deux, du haut en bas ; la terre trembla, les rochers se fendirent, les tombeaux s'ouvrirent et de nombreux corps de saints trépassés ressuscitèrent : ils sortirent des tombeaux après sa résurrection, entrèrent dans la Ville sainte et se firent voir à bien des gens."

Selon saint Thomas d'Aquin et la quasi totalité des Pères de l'Eglise avant lui, ces saints ressuscitèrent pour ne plus mourir et suivre le Christ au moment de l'Ascension.

Cornelius a Lapide, dans son commentaire de saint Matthieu, se demande quels sont ces saints qui ressuscitèrent ? Selon lui, en s'appuyant sur un certain nombre de Pères de l'Eglise, il est très vraisemblable que ressuscitèrent les saints qui ont eu une relation particulière avec le Christ selon la parenté ou selon la sainteté, etc… A ce point de vue saint Joseph est bien le mieux placé pour être le premier de ces ressuscités : "comment croire, disait saint Bernardin de Sienne, prêchant dans une église de Padoue, comment croire que les bras  qui ont porté si longtemps le Sauveur soient demeurés ensevelis dans la poussière des morts ? Comment croire que Jésus-Christ n'ait pas admis dans son palais céleste ce corps sacré qui fut autrefois son rempart sur terre ?"

Ce passage de la sainte Ecriture est le seul qui peut être avancé en faveur de la résurrection et assomption de saint Joseph ; c'est peu, mais précieux. Certains dogmes n'ont pas de textes aussi clairs, par exemple le dogme de l'Assomption.

Mort de saint Joseph

Le culte de saint Joseph dans l'antiquité

Malheureusement, le culte de saint Joseph est resté comme dans l'ombre pendant de nombreux siècles. Pour cette raison, nous ne trouvons aucun texte liturgique de l'antiquité en faveur de la résurrection et assomption de saint Joseph ; à la différence du dogme de l'Assomption de la très sainte Vierge où les textes ne manquent pas.

Saint Joseph dans les écrits des Pères

Les premiers Pères n'ignoraient pas saint Joseph, mais dans leurs écrits ils traitent  de ce saint, avec la sainte Vierge, à l'occasion de commentaires sur l'Evangile, en particulier sur les premiers chapitres de saint Matthieu et de saint Luc, qui relatent les épisodes de l'Enfance.

Un bon nombre de Pères, et surtout les plus grands, ont bien compris et bien exprimé la personnalité spirituelle de saint Joseph, son rôle dans l'économie du salut, ses grâces exceptionnelles et ses privilèges uniques. Ils nous apportent, sur la plupart des points importants de la joséphologie, un faisceau de considérations qui mènent à des conclusions toutes proches de celles d'aujourd'hui et parfois identiques, mais rien sur la résurrection et assomption de saint Joseph, hormis ce que nous avons rappelé plus haut. Cepandant tout cet enseignement spirituel et dogmatique est resté comme inexploité durant plusieurs siècles au point qu'aucun culte envers l'Epoux de Marie ne prit naissance avant la fin du Moyen Age.

Triptyque de saint Joseph

Pourquoi saint Joseph fut-il si oublié ?

Les raisons  les plus courantes qui sont avancées, sont les suivantes :

Les apôtres parlèrent peu de Joseph, attendu que les Juifs n'étaient que trop portés à regarder Jésus comme son vrais fils.

Quand Arius attaquait, au IVe s., la divinité du Christ, il était important de faire oublier  celui qui passait vulgairement pour être son père.

Quand les Marcionites niaient  la virginité de Marie, ce n'était pas le moment de faire paraître son bienheureux époux.

Du reste, la vie du patriarche ne cadrait pas encore avec l'état des esprits et de la religion à ces diverses époques : vie cachée si intérieure, vie d'angélique pureté et de chaste innocence.

Dom Guéranger écrit que le culte de cet admirable personnage, culte fondé par l'Evangile même, ne devait pas se développer dans les premiers siècles de l'Eglise car la divine Providence avait ses raisons mystérieuses pour retarder le moment où la Liturgie devait prescrire chaque année les hommages publics à offrir à l'Epoux de Marie.

Le cardinal Pie écrivait à la même époque : "Le voile qui  couvre le nom et la puissance du vénérable Joseph durant le premiers âges chrétiens, apparait comme le prolongement du silence dans lequel a été enveloppée se carrière mortelle ; c'est la continuation de cette vie cachée, dont les splendeurs devaient d'autant plus émerveiller l'intelligence et le coeur des fidèles, que la révélation en aurait été plus longtemps contenue."

Début de la dévotion à saint Joseph

Après ces considérations ne soyons donc pas étonnés du silence des textes des écrivains ecclésiastiques des premiers siècles sur la résurrection du Christ, et qu'il a fallu attendre le XIVe s. - XVe s. saint Vincent Ferrier (1350 - 1419) et surtout avec Gerson (1363 - 1429), le pieux chancelier de Paris, pour avoir les premières affirmations vraiment explicites sur la résurrection de saint Joseph.

A la suite de Gerson beaucoup d'auteurs emboitèrent le pas, dont de grands saints : saint Bernardin de Sienne, saint François de Sales. 

Le grand théologien François Suarez a des paroles très fortes : "ce n'est pas un article de foi mais un article de piété bien fondé que saint Joseph surpasse tous les autres saints en grâce et en gloire et qu'il est , en corps et en âme le plus près de Jésus et de Marie, dans le ciel; comme il l'a été sur la terre." (de Incarn., P. 2, disp. 8, sect. 2)

Citons d'autres auteurs de moindre importance :

Bernardin de Bustis (Milan 1450 - 1513) croit en la résurrection de saint Joseph avec les ressuscités du matin de Pâques et en son Assomption

Noël Alexandre (Natalis alexander) (1639 - 1724) croit en l'Assomption de Joseph

Jose de Jesus (Quiroga) (Orenso 1562 - 1628) professe la mort, la résurrection et l'assomption de Joseph

Dom Marcelle Ferry (ou ferrey), bénédictin, (1609 - 1652) affirme l'assomption de saint Joseph.

Et plus prêt de nous, dom Guéranger enseigne la résurrection de saint Joseph avec le Christ et son Assomption avec Lui, et avec le cortège de bienheureux ressuscités au matin de Pâques, en se référant  saint Matthieu (27, 52 - 53)

Icône de saint Jean XXIII

Une homélie de saint Jean XXIII

Même si la valeur magistérielle d'une homélie est assez faible, ce n'est pas rien de voir le pape Jean XXIII confirmer cette opinion, dans son homélie pour la fête de l'Ascension, le 26 mai 1960 :

"Entre les Pères et les Docteurs qui interprètent diversement ce passage de S. Matthieu, saint Thomas d'Aquin, dans son Commentaire, prend fermement position en faveur de ceux qui affirment que les corps des saints qui dormaient, ressuscitèrent, et le saint ajoute "comme sur le point d'entrer avec le Christ au Ciel.

Il appartient donc aux morts de l'Ancien Testament, les plus proches de Jésus - nommons deux des plus intimes de sa vie, Jean-Baptiste le précurseur et Joseph de Nazareth, son père nourricier et gardien - c'est à eux - nous pouvons le croire si pieusement - qu'appartient l'honneur et le privilège d'ouvrir cet admirable accompagnement vers Ciel : et de donner les premières notes à l'interminable Te Deum des générations humaines qui marcheront sur les traces de Jésus le Rédempteur vers la gloire promise aux fidèles."

Si les résultats de notre recherche de documents de l'antiquité chrétienne en faveur de la résurrection et l'assomption de saint Joseph sont, à vrai dire, assez décevants, le peu que nous avons trouvé, ne rend pas impossible qu'un jour l'Eglise puisse définir  la résurrection et l'assomption de saint Joseph comme un dogme de foi.

Cette croyance en la résurrection et l'assomption de saint Joseph s'est développée d'une manière concomitante avec la dévotion à l'Epoux de Marie ; en outre il semblerait qu'il n'y ait pas de théologiens qui soient vraiment opposés à cette vérité. Ainsi nous avons l'impression que la croyance en la résurrection et l'assomption de saint Joseph est une conséquence naturelle du développement de son culte, et se trouve en harmonie avec le sensus fidei des fidèles.

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