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Sainte Jeanne d'Arc face au rationalisme du XIXème s.

Maison natale de sainte Jeanne d'Arc à Domremy

Maison natale de sainte Jeanne d'Arc à Domremy

Jeanne d'Arc, une princesse bâtarde ?

En 1805 Pierre Caze, un auteur anticlérical, publiait  un ouvrage où il affirmait que Jeanne d'Arc était la fille adultérine et incestueuse d'Isabeau de Bavière et de Louis d'Orléans. Ainsi elle se trouvait par sa mère être le frère de Charles VII et par son père son cousin. Pour l'auteur, cette origine princière permettrait d'expliquer sans faire appel au surnaturel comment elle se retrouva à la cours  auprès du roi Charles VII, et, comment elle a pu accomplir sa mission. Cette hypothèse farfelue ne rencontra pas la faveur du public, si bien qu'elle ne fut reprise par personne du moins dans l'immédiat. Car au début du XXème quelques historiens essayèrent de remettre en vogue cette origine bâtarde de la Pucelle d'Orléans avec un relatif succès puisqu'il se trouva environ une douzaine d'écrivains pour reprendre cette hypothèse. Mais en 1973 Yann Grandeau publia un livre "Jeanne insultée, procès en diffamation", préfacé par Régine Pernoud, où il réfute avec érudition et compétence ces allégations injurieuses contre Jeanne, les réduisant aux oubliettes de l'histoire. Mais revenons au XIXème s..

Sainte Jeanne d'Arc et Jules Michelet

Pour la redécouverte de Jeanne au XIXème siècle Jules Michelet (1798 - 1874), écrivain rationaliste et libre penseur, joua un rôle important ; dans son histoire de France il lui consacre 135 pages, tout en escamotant le mystère de sainte Jeanne d'Arc ; écoutons-le :"L'originalité de la Pucelle, ce ne fut pas tant sa vaillance ou ses visions ; ce fut son bon sens. La jeune fille à son insu créait, pour ainsi parler, et réalisait ses propres idées ; elle en faisait des êtres ; elle leur communiquait du trésor de sa vie virginale". On sent de la vénération pour la Pucelle, mais le libre penseur qui ne veut pas faire appel au surnaturel est réduit à une bien piètre explication : le bons sens. Comme si cela expliquait tout : les prophéties, son ascendant sur des soldats loin d'être des enfants de choeur, sa foi héroïque, ses réponses hardies et inspirées à ses juges.

Pour autant Jules Michelet a une grande admiration pour la Pucelle d'Orléans comme en témoigne cet autre passage : "Pour réduire ces volontés sauvages indomptables, il fallait Dieu même. Le Dieu de cet âge, c'était la Vierge bien plus que le Christ. Il fallait la Vierge descendue sur terre, une vierge populaire, jeune belle, douce, hardie. La guerre avait changé les hommes en bêtes sauvages ; il fallait de ces bêtes refaire des hommes, des chrétiens, des sujets dociles... Le long de la Loire, elle fit dresser un autel sous le ciel, elle communia, et ils communièrent. La beauté de la saison, le charme d'un printemps  de Touraine devaient singulièrement ajouter à la puissance religieuse de la jeune fille. Eux-mêmes, ils avaient rajeuni ; ils s'étaient parfaitement oubliés, ils se retrouvaient, comme en leurs belles années, pleins de bonne volonté et d'espoir, tous jeunes comme elle, tous enfants... Avec elle, ils commençaient de tout coeur une nouvelle vie. Où les menait-elle ? Peu leur importait. Ils l'auraient suivie, non pas à Orléans, mais tout aussi bien à Jérusalem. Et il ne tenait qu'aux Anglais d'y venir aussi ; dans la lettre qu'elle leur écrivit, elle leur proposait gracieusement de se réunir et de s'en aller tous, Anglais et Français, délivrer le Saint-Sépulcre" (Tome V, 1841)

Que les lecteurs veuillent bien me pardonner cette longue citation mais ce texte plein de charme et de poésie mérite d'être lu.

Sainte Jeanne d'Arc au siège d'Orléans par le peintre Lepneveu

Sainte Jeanne d'Arc au siège d'Orléans par le peintre Lepneveu (vers 1886-1890)

Quicherat et sainte Jeanne d'Arc

Michelet fut suivi à la même époque par un autre historien M. Quicherat (1814 - 1882), lui aussi libre-penseur et plein d'admiration pour sainte Jeanne d'Arc. Ses travaux (5 volumes de 1841 à 1848) sur le double procès de condamnation et de réhabilitation serviront au procès de canonisation quelques décennies plus tard. Il semble comme embarrassé par le fait historique le plus sensationnel de notre histoire et fait appel à des raisons qui ne convainquent que ceux qu'ils veulent bien l'être : "L'idée que je me fais de la petite fille de Domremy est celle d'un enfant sérieux et religieux, doué au plus haut degré de cette intelligence à part qui ne se rencontre que chez les hommes supérieurs des races primitives... Cette fontaine, ces arbres, ces bois sanctifiés par une superstition vieille comme le monde, elle leur communiquait sa sublime inquiétude."

Buste de Jules Quicherat

Buste de Jules Quicherat à L'Ecole nationale des Chartes

Sainte Jeanne d'Arc déformée par la libre-pensée

Mais tous les rationalistes n'ont pas l'admiration d'un Quicherat envers la Pucelle d'Orléans injustement condamnée. Ainsi Alphonse Esquiros, franc-maçon notoire, n'hésite pas à considérer Sainte Jeanne d'Arc comme une folle :

"La vie de Jeanne d'Arc nous apparaît sous une double face : pour les âges de foi, c'est une inspirée ; pour les âges de science et de critique, c'est tout simplement une hallucinée... Jeanne d'Arc était sous la dépendance de ses voix. Pour quiconque a fréquenté les asiles d'aliénés, rien de plus ordinaire que la présence de ce phénomène dans les cas de folie." ("Les martyrs de la liberté", 1856)

Récupération de Jeanne par le laïcisme

Les travaux de Michelet et de Quicherat obligent à ne pas rester indifférent en face de Jeanne ; la publication des actes de son procès, textes à l'authenticité avérée, trouble tous ses lecteurs ; chacun veut la mettre dans son camp. La libre-pensée fait de Jeanne d'Arc une héroïne de la liberté, martyrisée par l'Eglise ; elle s'empare de cette victime qu'elle seule affirme comprendre et aimer.

Des républicains d'extrême gauche veulent bien honorer la Pucelle, mais à condition que ce culte n'appartînt qu'à eux et certains anti-cléricaux vont jusqu'à affirmer que Jeanne avait été violée et tuée par les prêtres.

Statue de sainte Jeanne d'Arc

L'impasse du rationalisme face à Jeanne d'Arc

Le rationalisme ne pouvait que nier l'origine divine des voies de sainte Jeanne d'Arc ; et en refusant l'irruption du surnaturel dans la vie de la Pucelle d'Orléans, la libre pensée s'interdisait toute explication cohérente de la mission de sainte Jeanne d'Arc. Elle se trouve réduite à imaginer des solutions qui ne tiennent pas face à une analyse impartiale et historique s'appuyant sur les nombreux documents d'époque, dont l'authenticité et la véracité ne peuvent pas être mises en doute. Aucune figure du Moyen Âge n'est aussi bien documentée.

La voie des catholiques en faveur de sainte Jeanne d'Arc

Si l'histoire scientifique est à l'origine de la redécouverte de Jeanne, très rapidement les catholiques vont monter aux créneaux pour revendiquer Jeanne comme une des leurs : ses voies ne sont pas des hallucinations auditives comme le veulent les rationalistes. Si on fait abstraction de la foi de Jeanne, on se condamne à ne rien comprendre et à passer totalement à côté du mystère. Cette voie des catholiques s'amplifiera au point de couvrir les vociférations des rationalistes. L'honneur d'être le premier grand orateur de la Pucelle de Domremy revenait de droit à l'évêque d'Orléans, Mgr Dupanloup. Cette voie des catholique à la gloire de Jeanne, nous vous la ferons entendre dans un prochain article.

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