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Quels enseignements à tirer de l'hérésie iconoclaste ?

Icône de l'Annonciation

Dans un article précédent, consacré à l'hérésie iconoclaste, nous avons évoqué les divergences fondamentales entre les catholiques et les destructeurs des icônes. Mais compte tenu de l'importance du culte des icônes et afin d'en faire un meilleur usage, nous allons rappeler ici une série d'autres raisons pour lesquelles les iconoclastes refusaient le culte des icônes :

Refus du caractère sacré des icônes

- Les iconoclastes affirmaient que les prières consécratoires des icônes, n'ont pas d'effet, et que les objets ne deviennent pas un objet sacré pour autant. Les icônes n'auraient ainsi aucune valeur à part celle que lui confère l'art ou l'ancienneté.

A cela les catholiques répondent que certains objets n'ont pas besoin de prières spéciales de bénédiction car par eux-même ils sont pleins de sainteté et de grâce rien que par le nom. Pour cela ils sont dignes de vénération. Telle est par exemple la croix qui n'est pas sanctifiée par une prière spéciale et pourtant elle est considérée sacrée et digne de vénération par les catholiques et aussi par les iconoclastes. De même les icônes méritent d'être vénérées. Ainsi les iconoclastes en vénérant la croix d'une part et en refusant leur vénération pour les icônes, qu'il y ait ou non une prière de bénédiction, sont inconséquents avec eux-même.

L'icône est sanctifiée par le nom de Dieu et par les noms des amis de Dieu, c'est-à-dire des saints, explique saint Jean Damascène, et en raison de cela elle reçoit la grâce de l'Esprit divin. Cette remarque du grand défenseur de la doctrine catholique permet de comprendre la présence des noms ou initiales du Sauveur, de la sainte Vierge ou des saints sur les icônes. Sans cela elles sont considérées comme inachevées et ne peuvent pas être reconnues comme de véritables icônes.

icone de la parabole des deux fils

Le silence du Nouveau Testament sur le culte des icônes

Les iconoclastes défendaient leur position en s'appuyant aussi sur la sainte Ecriture et les écrits des Pères de l'Eglise. Le principal auquel il recourait sans cesse, c'était l'interdiction de l'Ancien Testament à propos de l'usage des images et autres oeuvres sculptées. De plus ils affirmaient que dans le Nouveau Testament rien n'indique qu'il faille faire ou vénérer des icônes. La réponse des catholiques, comme saint Théodore Studite, était d'affirmer que "le Christ n'a nulle part ordonné qu'on écrive ne serait-ce que la parole la plus brève. Et néanmoins Son image a été tracée par les apôtres et conservée jusqu'à présent. Or, ce qui est représenté d'un côté par l'encre et du papier, est représenté sur l'icône par diverses couleurs ou un autre matériel". On pourrait aussi rappeler que la tradition considère saint Luc comme le premier iconographe chrétien et qu'il a réalisé la première icône de la sainte Vierge. Si le Christ était contre les icônes, la Mère de Dieu n'aurait jamais accepté cela.

Icône de la Vierge de Vladimir

Mauvaise foi des hérétiques iconoclastes

- De plus, les iconoclastes comme tous les hérétiques, passent sous silence les textes qui leur sont opposés, et n'hésitent pas à affirmer que les conciles oecuméniques n'avaient donné aucune enseignement à ce sujet, alors que le concile Quinisexte, auquel nous avons consacré un article, comprend plusieurs canons qui traitent des icônes sacrées.

- En outre, dans leur malhonnêteté, ils vont encore plus loin, car ils n'hésitèrent pas à cacher les textes qui mentionnaient l'histoire de la Sainte Face, les livres qui ne leur sont pas favorables, ou à attribuer à des docteurs éminents des textes favorables à l'iconoclasme.

L'enseignement du dogme au  Concile oecuménique de Nicée de 787

La première période iconoclaste se termine avec le deuxième concile de Nicée en 787 où la foi catholique est solennellement rappelée.

Il est intéressant de voir les arguments scripturaires avancés :

- Ex. ch. 25, vv 1 et 17-22 : Dieu ordonne que les Chérubins soient placés dans le tabernacle.

- Nombres, ch. 7, v. 88-89 : Dieu parle à Moïse d'entre les chérubins.

- Ezéchiel 3, 16-20 : dans une vision le prophète Ezéchiel voit le temple avec les chérubins.

Pour le Nouveau Testament, les Pères du Concile citent l'épitre aux Hébreux, ch. 9, v. 1-5 où il est parlé du tabernacle.

En fin de compte le fondement scripturaire est assez faible ; on peut le constater dans le texte du concile lui-même, où dans la partie dogmatique les citations de la sainte Ecriture brillent par leur absence.

Icône du sermon sur la Montagne

Formulation de la doctrine de la défense des images

Le Concile se termine par un long texte qui formule le dogme de la vénération des icônes. Voici quelques passages :

"... de même que la sainte et vivifiante croix, de même les saintes et précieuses icônes peintes avec des couleurs, faites avec de petites pierres ou avec toute autre matière correspondant à ce but, doivent être placées dans les saintes églises de Dieu, sur les vases et vêtements sacrés, sur les murs, et les planches, dans les maisons et sur les routes, que ce soient les icônes de Notre-Seigneur Dieu et Sauveur Jésus-Christ, ou de notre Souveraine sans tache, la sainte Mère de Dieu, ou des saints anges et des hommes saints et vénérables. Car chaque fois qu’on voit leur représentation par l’image, chaque fois on est incité en les contemplant à se rappeler les prototypes, on acquiert plus d’amour pour eux et on est davantage incité à leur rendre hommage en les baisant et en leur témoignant de la vénération, non cependant la vraie adoration qui, selon notre foi, convient à la seule nature divine, mais de la même façon que nous rendons hommage à l’image de la précieuse et vivifiante croix, au saint Evangile et à d’autres objets sacrés auxquels on rend hommage par l’encensement et les cierges selon la pieuse coutume des anciens. Car l’honneur rendu à l’image va à son proto­type, et celui qui vénère l’icône vénère la personne qui y est représentée. Ainsi, en effet, est l’enseignement de nos saints Pères, telle est la Tradition de la sainte Eglise catholique, qui a répandu l’Evangile d’un bout du monde à l’autre."

Ainsi le saint Concile ne s'appuie pas sur l'Ecriture mais sur la Tradition de l'Eglise ; nous consacrerons un prochain article au rôle de la Tradition. Ce texte ancien de 12 siècles reste d'actualité par les considérations qu'il avance pour la vénération des icônes ; il enseigne un juste équilibre entre l'erreur iconoclaste, reprise par les protestants ,et entre l'excès inverse. Le concile en nous invitant à élever notre regard jusqu'au prototype nous rappelle que nous devons adorer en esprit et vérité (cf saint Jean 4, 23-24).

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