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Origine du Rosaire : la forme définitive avec les Dominicains - Partie 3

Publié le : - Catégories : La Vierge Marie , Le chapelet catholique , Objets religieux , Tous les articles

Chapelet de saint Benoît

Chapelet de saint Benoît

Dans un article précédent (A l'origine du Rosaire : les Chartreux - Partie 2), nous avons vu le rôle des Chartreux dans l'origine du Rosaire ; après eux, ce sont les dominicains qui entrent en jeu, tout d'abord avec le bienheureux Alain de la Roche dont l'apport original est de lier la pratique du psautier de Marie ou rosaire à l'appartenance à une confrérie ; nous en avons déjà parlé à l'article suivant : Alain de la Roche et la dévotion au rosaire.

A partir du milieu du XVe s., apparaissent déjà çà et là la récitation du Credo, des trois Ave initiaux, des doxologies, et d'autres additions qui ne se sont pas maintenues.

La méditation du rosaire et les quinze mystères

C'est Jacques Sprenger, un autre dominicain prieur du couvent de Cologne qui est le grand propagateur du rosaire  sur les bords du Rhin, dans le dernier quart du XVe s., et qui a réparti les quinze méditations sur trois séries et établi l'usage de réciter la première cinquantaine en honneur et en action de grâces de l'Incarnation et de l'enfance du Sauveur ; la seconde de sa Passion ; et la troisième de sa glorification.

Alors que les premiers textes allemands ne parlent pas de Mysterium, c’est en Italie que le terme misteri trouve d’emblée sa place dans le vocabulaire du Rosaire. Il apparaît quasi simultanément dans les statuts de la confrérie à Venise (1480), qui les énumère tous les quinze en les répartissant en gaudioso, doloroso, glorioso ou dans ceux de la confrérie de Florence.

Quinze mystères du Rosaire

Icône des quinze mystères du Rosaire

Les fraternités du Rosaire : propagatrices de cette dévotion

Dès le lendemain même de la mort d'Alain de la Roche (8 sept 1475), Jacques Sprenger, prieur au couvent de Cologne, établit une fraternité du Rosaire appelée à un grand succès. En un an plus de 5000 adhésions, dix fois plus dès l'année suivante. Des encouragements autorisés lui viennent de différents endroits ; cela se concrétise dans la bulle Pastor Aeterni de Sixte IV (30 mai 1478) en faveur de la confrérie de Cologne. Un mouvement analogue se développe en Bretagne ; et sur les instances du duc François II de Bretagne, le pape Sixte IV, approuve le 12 mai 1479, non pas une confrérie en particulier, mais la récitation même du psautier marial.

Ces approbations fournissent un appui à la prédication du Rosaire que l'Ordre de saint Dominique commence à organiser : pouvoirs spéciaux accordés à certains prédicateurs en Allemagne mais aussi en Italie. Très vite le mouvement  s'étend. Dans les premières années du XVIe s. le Rosaire se propage partout, en Suède, en France, en Espagne et au Portugal, d'où il gagne le Nouveau Monde et l'Asie.

Deux méthodes pour prier le rosaire

Avec la renaissance et la crise protestante les longues clausules des mystiques nordiques vont céder la place devant la primauté du formel qui caractérise l'optimisme

pratique des méridionaux ; l'esprit de la Réforme tridentine penchait vers cette forme sobre et bien définie que présentait la méthode des quinze mystères très répandue aussi en Espagne. Au début du XVIe s. on se trouve donc avec deux manières de réciter le chapelet : la méthode de Dominique de Prusse avec les clausules et celle de Jacques Sprenger avec les quinze mystères.

Les confréries du Rosaire confiées aux Dominicains

D'abord instituées dans les églises des Prêcheurs, les confréries du Rosaire de plus en plus nombreuses se trouveront aussi dans d'autres églises conventuelles ou en des églises paroissiales. De là naîtra une certaine confusion sur le droit d'ériger et de diriger une confrérie du Rosaire. Saint Pie V, un pape dominicain, tranchera la question en 1569 en confirmant le monopole des frères Prêcheurs. Pour autant  cela n'alla pas sans rivalité : comme les confréries attiraient du monde, les autres ordres instituèrent leurs propres confréries, de nouvelles dévotions apparurent, dérivant des formes de la piété médiévale (le chapelet de sainte Brigitte, le chapelet des sept douleurs,...)

A l'époque se répandit beaucoup dans l'iconographie saint Dominique aux pieds de la Vierge Marie qui recevait le rosaire des mains virginales de la Mère de Dieu.

Cette haute approbation ne peut que renforcer une propagande déjà très active.

Saint Pie V

Saint Pie V

Conséquences de la bulle de saint Pie V

Si une certaine diversité des méthodes n’est pas exclue (les clausules ou les quinze 

mystères), La bulle du pape va assurer la prédominance des quinze mystères, et déjà à cette époque les noms de ces mystères sont si connus que les rares documents pontificaux du 16e siècle comportant quelque allusion soit aux méditations sur « toute la vie du Christ » (Pie V, 17 sept. 1569), soit aux « mystères du Rosaire » (Grégoire XIII, 25 mai 1582, 30 janvier 1586), ne prennent pas la peine d’en dresser la liste.

Développement des confréries du Rosaire

Cette rapide expansion des confréries du Rosaire s'explique en partie par l'innovation apportée par la confrérie de Cologne de la mise en commun des mérites : offrir aux adhérents moyennant des obligations de prière  au premier abord peu contraignantes et sans la moindre exigence d'aumônes, une large possibilité de fraternité spirituelle.

Au cours du XVIe s. le monopole de l'ordre des Prêcheurs sur les confréries du rosaire s'affirment progressivement. Les papes sollicités octroient des bulles, des indulgences, etc... 

Avec saint Pie V, ce monopole, par l'intermédiaire des confréries, est comme reconnu officiellement par la bulle du 17 sept 1569 où le pape réserve explicitement au seul Maître de l'ordre le pouvoir d'autoriser la fondation d'une confrérie du Rosaire en d'autres églises ou chapelles que celles de l'Ordre. Une chose est à noter dans cette bulle, c'est la manière prudente avec laquelle le pape parle de l'attribution de l'institution du rosaire à saint Dominique : "ut pie creditur " (comme il est cru pieusement). Mais cette réserve ne sera pas reprise par ses successeurs.

A partir de cette date on peut considérer la prière du rosaire comme étant établie dans sa forme définitive et elle ne va pas cesser de se répandre.

Saint Dominique et le Rosaire

A partir du XVIe s., l'iconographie représentera saint Dominique comme recevant le rosaire de la main de la sainte Vierge

Avec la victoire de Lépante (7 octobre 1571) qui a manifesté avec éclat l'efficacité de la prière adressée à Marie du Rosaire, la dévotion tend davantage à devenir la possession commune du peuple fidèle, même si le monopole dominicain sur les confréries ira toujours en s'accroissant, avec la confirmation des faveurs acquises ou octroi de nouvelles indulgences.

Au terme de ces articles consacrés à l'institution du Rosaire, certains peuvent être déçus de voir que saint Dominique n'a apparemment joué aucun rôle dans l'origine du Rosaire. Mais ne nous laissons pas envahir par la déception, car après tout les vrais titres de noblesse du Rosaire sont les encouragements à le prier donnés par la sainte Vierge à Lourdes et à Fatima, ainsi que toutes les recommandations en faveur de cette prière adressées au peuple des fidèles par les Souverains Pontifes.

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