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Le procès de sainte Jeanne d'Arc

Icône de sainte Jeanne d'Arc

Sainte Jeanne d'Arc acheva sa courte vie le 30 mai 1431 sur le bûcher à Rouen, place du Vieux-Marché.

Une telle fin est la conclusion d'un drame où sainte Jeanne d'Arc s'est vue accusée de tous les crimes, pour en fin de compte être condamnée à être brûlée vive comme relapse. Mais 25 ans après, le procès et la sentence furent annulés par un jugement d'Eglise et cinq siècles plus tard Jeanne d'Arc fut canonisée. Que s'est-il donc vraiment passé durant ces terribles semaines de mars à mai 1431 pour qu'une sainte soit brûlée par des hommes d'Eglise ?

La soit disante abjuration de Jeanne d'Arc

le Mercredi 23 mai 1431, au château de Rouen, le tribunal présidé par l'évêque Cauchon lut à Jeanne, la Pucelle d'Orléans, les 12 articles d'accusation retenus contre elle.

Le lendemain jeudi 24, le tribunal devait rendre sa sentence au cimetière de Saint-Ouen. L'évêque Cauchon prétendit que ce jour-là Jeanne abjura ses erreurs et révoqua ses apparitions. Mais sur cette scène règne une grande confusion : Jeanne d'Arc a-t-elle vraiment abjuré ? Qu'a-t-elle abjuré ?

Cette question a son importance car, pour le procès de canonisation les autorités romaines n'auraient jamais reconnu l'héroïcité des vertus de Jeanne si la Pucelle d'Orléans avait vraiment abjuré, comme le prétendait Cauchon et ses comparses.

Il est donc important de répondre clairement aux deux questions posées.

Mais avant de voir en détail la journée du 24 mai rappelons les différentes étapes du procès, les motivations des uns et des autres : cela nous aidera à mieux comprendre le drame du cimetière de Saint-Ouen.

Tour du château où sainte Jeanne d'Arc fut enfermée

Tour du château où sainte Jeanne d'Arc fut enfermée

Jeanne aux mains des Anglais

Jeanne d'Arc, faite prisonnière  par les Bourguignons aux portes de Compiègne le 23 mai 1430, est vendue aux Anglais en octobre de la même année ; elle arriva à Rouen en décembre 1430 ou janvier 1431. Les Anglais avaient en haine sainte Jeanne d'Arc, qu'ils considéraient comme une sorcière et une débauchée. Ils la tenaient responsable des graves revers militaires et diplomatiques, elle qui en un an leur a fait perdre des avantages gagnés laborieusement durant les décennies précédentes.

Le sacre de Charles VII à Reims : défaite diplomatique 

Avec le sacre de Charles VII à Reims le 17 juillet 1429 comme roi de France, ils venaient de subir leur plus grand revers diplomatique, qui réduisait pratiquement à néant la prétention du roi d'Angleterre à la couronne de France. Car, par ce sacre, Charles VII a été vu et reconnu par toute la chrétienté, sans oublier le pape, comme le souverain légitime de la France.

Pour contrebalancer ce désastre diplomatique, ils avaient la possibilité de condamner Jeanne comme sorcière et hérétique ; de cette manière l'infamie retomberait sur le roi Charles, qui tenait son sacre de l'action de la Pucelle d'Orléans.

bénéfices escomptés avec la condamnation de Jeanne d'Arc

Ainsi deux raisons poussaient les anglais à mettre à mort sainte Jeanne d'Arc, qu'ils avaient entre leurs mains :

- une fois morte, ils pourront renouer avec les succès militaires ;

- la honte de la condamnation retombera sur les partisans de Jeanne d'Arc et en premier lieu le roi de France.

Les chefs d'accusation contre Jeanne d'Arc

Pour la réalisation de leur dessein, le grand conseil du roi d'Angleterre confiait Jeanne à Cauchon, évêque de Beauvais, pour être jugée. Les accusations étaient clairement arrêtées :

- le port de l'habit d'homme,

- l'affirmation de sa mission divine et l'origine divine de ses voix,

- les erreurs dogmatiques,

- la prétendue connaissance des secrets divins qui avaient abusé le peuple.

Mais au cours des interrogatoires l'évêque Cauchon dut en laisser tomber certaines et ne retint que trois accusations :

- le port de l'habit d'homme,

- les apparitions et révélations,

- le refus de soumission à l'Eglise.

Jeanne d'Arc au cours de son procès devant les juges

Je requiers que vous meniez au Pape. je répondrai devant lui tout ce que je devrai répondre... et point ne me soumettrai au jugement des mes ennemis.

Le port de l'habit d'homme

La première accusation avait son importance, car se soumettre à une injonction du tribunal, c'était reconnaître publiquement une faute, alors que Jeanne la Pucelle prétendait avoir adopté cet habit par le commandement de Dieu. Ainsi sainte Jeanne d'Arc se trouvait devant ce dilemme : soit désobéir à ces voix en quittant l'habit d'homme, soit désobéir à l'Eglise en refusant de prendre un habit de femme.

Les voix de Jeanne

Concernant ses révélations Jeanne ne pouvait pas être condamnée pour celles-ci, car selon la saine théologie elle pouvait y croire, si ces révélations ne renfermaient rien contre la vérité, les bonnes moeurs ou l'autorité de l'Eglise. Or les juges de Rouen ne trouvèrent rien à reprendre directement contre les apparitions de Jeanne.

La soumission à l'Eglise

Pour le troisième point, touchant la soumission à l'Eglise, rappelons que nous sommes à l'époque de la fin du grand schisme et du concile de Constance qui affirmait la supériorité du concile sur le pape. Quant à la question si elle se soumettait à l'Eglise militante, Jeanne éluda la demande et fit des réponses qui étaient loin de satisfaire ses juges :

- elle s'en rapportait à Dieu qui l'a envoyée, précisant alors "il me parait que c'est tout un de Dieu et de l'Eglise et qu'on n'en doit pas faire de difficulté"

- elle se disait envoyée par l'Eglise triomphante, à laquelle elle soumettait tous ses bons faits, mais "pour ce qui est de se soumettre à l'Eglise militante, je n'en répondrai maintenant autre chose".

Le procès proprement-dit de sainte Jeanne d'Arc

Le 17 mars marqua la fin des interrogatoires, et le 26 mars commença le procès proprement dit.

Durant le procès la soumission à l'Eglise fut de nouveau abordée :

"Interrogée si au cas où l'Eglise militante lui dirait que ses révélations sont  des illusions ou des choses diaboliques, elle se rapporterait à l'Eglise, répondit qu'elle s'en rapportera toujours à Dieu dont elle fera toujours le commandement..."

La réponse de Jeanne quant à la soumission à l'Eglise militante ne fut jamais très explicite. Mais par là, guidée par l'Esprit-Saint, elle évitait les pièges tendus par Cauchon et ses comparses : que fallait-il entendre par l'Eglise militante ? Seulement le tribunal ecclésiastique de Rouen qui était en train de la juger ? Mais un autre tribunal, celui de Poitiers, l'avait déjà jugée et avait reconnu l'authenticité de ses visions et l'origine divine de sa mission. D'autre part, au-dessus de l'autorité de Cauchon il y avait celle du pape, que l'évêque de Beauvais et l'université de Paris, gagnés aux thèses conciliaristes, minimisaient. Mais justement Jeanne avait fait appel plusieurs fois au pape, notamment le 2 mai où elle dit en parlant du pape : "menez-moi à lui et je lui répondrai". Mais ses juges ont toujours méconnu ces appels, qui pourtant rendaient nul leur procès.

Sainte Jeanne d'Arc dans la salle de torture

On la menace de torture : "Vraiment, répond Jeanne, si vous deviez me faire écarteler les membres et partir l'âme du corps, oui, je ne vous dirai pas autre chose ; et si je vous en disais quelque chose, après je dirai toujours que vous me l'auriez fait dire par force" Mais ses juges d'osèrent pas la torturer...

La sentence de l'université de Paris

Le procès s'enlisait, mais Cauchon avait envoyé le 26 avril les 12 articles d'accusation pour avis à l'université de Paris. Cette prestigieuse institution rendit le 14 mai son avis et déclarait Jeanne schismatique, apostate et hérétique. Mais Jeanne refusa de se soumettre aux arguments de l'université. Du coup elle est considérée comme persévérant dans ses errements. Le procès pouvait être considéré comme terminé, Cauchon avait matière à condamnation et il ne restait plus qu'à porter la sentence. C'est là où toute l'astuce de Cauchon se déploya pour faire tomber Jeanne dans un guet-apens judiciaire comme nous le verrons dans un prochain article où nous parlerons de la dramatique journée du cimetière de Saint-Ouen.

Les images en noir et blanc proviennent du film "Jeanne d'Arc" de Victor Fleming tourné en 1948, avec Ingrid Bergman dans le rôle de sainte Jeanne d'Arc.

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1 commentaires

SAMUEL - 09/11/2021 15:19:05


SUPER ARTICLE MERCI BCP